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Sami Outalbali, premier rôle d’une nouvelle génération d’acteurs
Sami Outalbali est familier des succès sur petit et grand écran, qu’il a connus dès ses 11 ans avec le film Les Tuche, avant d’être en 2020 le seul Français au casting de la série Netflix Sex Education. L’acteur vingtenaire incarne parfaitement la nouvelle masculinité propre à sa génération, sensible et réfléchie, capable de vivre ses ambitions sans se transformer en loup toxique.
Par Olivier Joyard,
Portraits par Paolo Zerbini,
Réalisation par Samuel François.
Publié le 5 novembre 2026. Modifié le 6 novembre 2026.


Sami Outalbali, un acteur à suivre de près
Depuis l’enfance, Sami Outalbali gère un emploi du temps de ministre, comme s’il devait plonger dans le travail à tout prix. Quand on le capte enfin, au tout début de l’automne, l’acteur a trouvé une heure pour s’échapper et prendre le soleil en terrasse. Il sort du tournage de l’un des films les plus attendus de 2027, le biopic de Johnny Hallyday réalisé par Cédric Jimenez, avec Benjamin Voisin dans le rôle-titre.
Sami Outalballi interprète Jean Pons, l’un des managers de la star disparue en 2017, qui l’accompagna notamment au début des années 1970 lors de la tournée “Johnny Circus”, moment flamboyant et parsemé d’excès de la carrière de l’idole française. “Pour moi, c’était un rêve de voir autant de personnes impliquées à 1 000 % sur ce tournage, parce que tu sens que ce n’est pas un projet comme les autres. On parle d’une icône française : il y avait un million de personnes dans la rue pour les funérailles de Johnny.”
De nombreux projets pour 2027
Il y a quelques mois, on croisait le polymorphe jeune homme dans la série d’action Les Lionnes sur Netflix, sous la direction d’Olivier Rosemberg, aux côtés de Rebecca Marder. Il sera bientôt sur Arte dans la dernière création de Katell Quillévéré et Hélier Cisterne, Ensemble, qui raconte l’aventure chaotique d’une pièce de théâtre mise en scène par un couple en plein conflit.
`“Je joue une star de la télé populaire, qui vient pour la première fois se frotter aux planches. C’est un petit connard, mais touchant. [Rires]. C’est drôle de caricaturer mon métier. Je fais à travers ce personnage ce que je n’ai jamais osé faire. Je n’en ai même jamais eu envie. Là, on a poussé les curseurs du jeune premier prétentieux. Ma jeunesse de comédien a été différente de la sienne.”


Du carton Les Tuche au succès de Sex Education
Celles et ceux qui ont vu Les Tuche, le carton populaire qui a lancé la saga d’Olivier Baroux au début des années 2010, y reconnaîtront Sami Outalbali, 11 ans au moment du tournage, dans le rôle d’un gosse de riche à Monaco. “J’étais avec Théo Fernandez, qui jouait Donald. On était deux enfants dans des décors de dingue, des maisons folles, c’était génial. À ce moment-là, j’étais en sixième. J’ai juste fait ma matinée de rentrée et je ne suis pas revenu avant trois mois…”
Sami Outalbali n’a longtemps rien connu d’autre que cette vie bizarre, rythmée différemment et pleine d’exaltation, lui qui a débuté dans le métier dès l’âge de six ans, sur l’impulsion de sa mère. Elle l’inscrit alors à un casting, comme on proposerait à son enfant une activité extrascolaire. “Ça s’est vraiment fait par hasard, elle aurait pu me dire : ‘Tu veux faire du judo ?’ J’ai été pris, je suis parti tourner un téléfilm, j’ai adoré, mais vraiment comme un loisir.” Impossible, à cet âge, d’imaginer en faire un métier. “Je jouais vraiment, au sens propre, et je ressentais les choses.”
Le héros de la série Les Grands
Ce n’est qu’une petite décennie plus tard, au tournant de l’adolescence, que Sami Outalbali prend conscience de sa vocation, en participant à un projet singulier, une série adolescente assez fine, à une époque où les seules références françaises sont encore des sitcoms caricaturales. Les Grands (2016-2019) raconte, avec style et sincérité, le quotidien d’une bande de collégiens, devenus lycéens au fil des trois saisons. Les questions d’identité et de sexualité y sont abordées avec une fraîcheur à la hauteur des modèles anglo-saxons.
“La pop culture traversait un moment intéressant avec les séries, qui explosaient vraiment partout dans le monde au milieu des années 2010, raconte Outalbali. Avec Les Grands, on touchait à l’essence de ce qu’est ce métier, en tournant avec très peu de budget, mais avec une liberté de ton absolue. Cette série a été une école pour moi. Et une révélation.” La phase d’amusement sans conséquence se termine là. Jouer devient une raison d’être pour celui qui décide d’y consacrer toute son énergie.


“Comme j’avais commencé sur les plateaux, j’étais à l’aise […], mais je trouvais qu’il me manquait des bases techniques. C’est le théâtre qui m’a appris tout ça.” – Sami Outalbali.
“J’ai compris que j’en avais besoin, quelque chose s’est enclenché à l’intérieur de moi”, se souvient-il. Aujourd’hui, Sami Outalbali mesure la chance qui a été la sienne de fixer son désir à un âge où beaucoup, au contraire, se cherchent, parfois durant de longues années. “Cela m’a permis d’avoir un objectif dès mes 16 ans, d’y consacrer tous mes efforts.”
Il intègre le casting de la minisérie du réalisateur Philippe Faucon, Fiertés, partageant l’affiche avec Benjamin Voisin, en même temps qu’il termine son lycée dans les Yvelines. Le bac en poche, il décide de s’inscrire en cours de théâtre, pour esquiver l’effet comète qui guette les enfants acteurs.
“Comme j’avais commencé sur les plateaux, j’étais à l’aise dans un certain contexte, mais je trouvais qu’il me manquait des bases techniques. C’est le théâtre qui m’a appris tout ça.” Sami Outalbali va même jusqu’à dire qu’il ne jouait “pas bien du tout”, un aveu inhabituel dans une pratique artistique où l’ego tient sa part. “Je sais que c’est un métier où il n’y a pas de bonne technique ou de mauvaise technique, modère-t-il, mais j’avais envie d’un autre apprentissage.”


Un rêve américain à l’anglaise
Et la classique crise d’ado, comment lui laisser sa place ? Avec une forme de candeur, et sans la nommer vraiment, Sami Outalbali note l’arrivée de remous qui ont provoqué une décision majeure dans sa vie, quelques mois après avoir débuté le théâtre. “Vers la fin de l’année scolaire, au printemps, je fais une espèce de petite dépression. Je ne suis plus très heureux à Paris, ni dans ma vie, j’ai le sentiment que je ne suis pas à ma place. Et je pars vivre à Londres sur un coup de tête. Je quitte le cours de théâtre, je prends un appartement en ayant l’idée de vivre un rêve anglais, enfin un rêve américain à l’anglaise !”
La suite est à la fois prévisible et romanesque, au gré de la réalité d’un marché concurrentiel. “C’est vrai que la vie, parfois, ne respecte pas nos plans. J’imaginais que tout allait bien se passe, mais j’ai galéré. J’ai commencé à déposer des CV dans les agences anglaises, personne ne m’a répondu. J’ai fini par rentrer en France. Avec, dans un coin de mon esprit, l’envie d’y revenir à un moment ou à un autre.”
L’opportunité est arrivée avec le carton mondial de Netflix, la série Sex Education, où il joue Rahim dans les saisons 2 et 3, en 2020 et 2021. Ce jeune homme queer venu de France est tout nouveau dans le lycée de Moordale. Une preuve de la versatilité et de la capacité d’adaptation hors norme de Sami Outalbali, à l’aise dans de nombreux contextes.
Sami Outalbali à l’affiche du film Sanguine
On l’a vu, au cours de sa carrière, jouer un étudiant en lettres dans Une histoire d’amour et de désir de Leyla Bouzid, un agent de l’antiterrorisme dans Novembre de Cédric Jimenez, un jeune avocat issu des quartiers populaires dans Classe moyenne d’Antony Cordier, un médecin dans le film d’horreur Sanguine de Marion Le Corroller, qui aborde la souffrance au travail.
Mais il a marqué les esprits en interprétant plusieurs jeunes homosexuels – dans Les Grands, Fiertés et Sex Education –, participant pleinement à la transformation des représentations qui a lieu depuis une décennie. “Les gens se sont éveillés à ça et la parole a été donnée à des personnes qui étaient véritablement concernées par cette sexualité ou par ces questions de genre”, explique Sami Outalbali.
Son choix des personnages, s’il ne s’est jamais inscrit dans une démarche militante, a été guidé par l’envie de participer à des projets qui l’enthousiasment. “À chaque fois, j’ai aimé les scénarios et le reste est venu par la suite.” Sex Education, série ado inclusive et comédie explosive, a documenté une certaine jeunesse contemporaine.
“Quand j’ai vu la série, je me suis dit que j’aurais adoré être dans ce genre de lycée : l’ambiance avait l’air géniale, les costumes étaient chouettes, on ne savait pas où se situer dans le temps. Même la question de la sexualité n’en est pas une dans la narration, parce qu’elle est transformée en prisme. C’est quelque chose que je ne retrouvais pas dans les séries ou les films que je voyais à la télé ou au cinéma auparavant.”


Un acteur ancré dans son époque
Sur la question LGBTQIA+, le jeune homme salue cette avancée. “Quand je parle de prisme, je veux dire que la question du genre ou de la sexualité est posée comme un point de départ, mais pas comme le centre du récit. Avant, un personnage queer, son seul truc dans une histoire, c’était d’être queer. Ça m’a toujours saoulé parce que je me disais : ce n’est pas possible. Ma mère a beaucoup de proches qui sont lesbiennes ou gays. En arrivant à Paris, je me suis fait beaucoup d’amis dans la communauté. Ce n’est pas leur problématique de vie que de savoir qui ils ont le droit d’aimer. Avec Les Grands et Sex Education, je me suis aperçu qu’on entrait dans une nouvelle manière d’en parler.”
En dépit de son attitude posée et de son air de ne pas y toucher, Sami Outalbali se distingue de nombreux acteurs des séries et du cinéma français par sa capacité à analyser certains enjeux que d’autres préfèrent ignorer. Spontanément, il inclut la question de ses origines dans sa réflexion.
Un comédien engagé
“Ce que j’ai constaté pour les rôles LGBTQIA+, ça marche aussi pour les personnages à connotation ethnique. Je suis d’origine marocaine par mon père, franco-guadeloupéenne par ma mère. Je suis métis, ma peau n’est pas blanche, mon prénom n’est pas européen. Et c’est vrai que quand j’étais ado, dans les projets avec des personnages racisés, le seul axe, c’était souvent l’origine. Et puis les choses se sont mises à bouger, on a un peu rebattu les cartes et cela a donné la possibilité de créer de nouvelles histoires.”
La parole est franche et fluide, sans fioritures, pour celui qui ne joue décidément pas à la jeune star hors sol, alors qu’il n’a que 27 ans. Son groupe d’amis dans le milieu, notamment Benjamin Voisin, Stefan Crepon et Théo Christine, y est sans doute pour quelque chose.
La génération de jeunes hommes vingtenaires du cinéma français n’a pas le désir de dominer, de prendre toute la place, ce qui n’empêche pas l’ambition. Sami Outalbali incarne une vision aimable et réfléchie du masculin. Quand on l’interroge sur la manière dont il organise sa vie, la réponse vient spontanément. “C’est beaucoup le cinéma. C’est beaucoup mes amis, c’est beaucoup ma famille. Un genre de trois tiers, je dirais. J’ai besoin de cet équilibre.”
Sanguine (2026) de Marion Le Corroller, actuellement au cinéma.
Coiffure et maquillage : Alexandrine Piel avec les produits Premium Glacier Facial de Niance. Assistant photographe : Kurt Lavastida. Assistante réalisation : Ismène Duprat. Numérique : Theo Hagege. Retouche : PERF Studios. Merci à l’Institut de paléontologie humaine – Fondation Albert Ier Prince de Monaco.






