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Pourquoi devriez-vous connaître Martine Rose, nouvelle directrice artistique de Balenciaga ?
Ce vendredi 6 novembre 2026, Balenciaga a officialisé la nomination de Martine Rose au poste de directrice artistique, succédant ainsi à Pierpaolo Piccioli. Ancienne consultante de Demna, créatrice adulée par Kendrick Lamar et Rihanna, la Londonienne s’est imposée en près de vingt ans comme l’une des voix les plus influentes de la mode masculine. Portrait d’une créatrice qui n’a jamais attendu un groupe de luxe pour écrire sa propre histoire.
par Léa Zetlaoui.
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Quand Internet réclame Martine Rose chez Balenciaga
Ce vendredi 6novembre 2026, Balenciaga et le groupe Kering ont officialisé la nomination de Martine Rose au poste de directrice artistique de la maison. Elle succède à Pierpaolo Piccioli, dont le départ, évoqué par plusieurs médias dès la fin du mois de septembre, intervient à peine plus d’un an après son arrivée. Elle prendra ses fonctions le 16 novembre 2026. Une nomination qui ne surprendra pas tout à fait les observateurs : ces dernières semaines, son nom revenait avec insistance, jusque dans les colonnes du média américain Puck.
Ce n’est pas la première fois que la créatrice londonienne est associée à la maison. En mars 2025 déjà, lorsque Kering annonçait le départ de Demna pour Gucci après dix ans à la tête de Balenciaga, son nom figurait parmi les favoris des internautes. Aux côtés notamment de ceux de Pieter Mulier, Riccardo Tisci, Nicolas Di Felice ou encore Hedi Slimane. En plein mercato de créateurs, c’est finalement l’Italien Pierpaolo Piccioli, ancien directeur artistique de Valentino, qui avait hérité du poste deux mois plus tard.
Trois ans plus tôt, en 2022, les rumeurs la plaçaient déjà parmi les prétendantes à la succession de Virgil Abloh chez Louis Vuitton. La présence de Michael Burke, alors PDG de la maison, à son défilé printemps-été 2023 avait braqué tous les projecteurs sur sa marque masculine. Mais c’est finalement le slasheur superstar Pharrell Williams qui hérita du poste en février 2023.


Une carrière hors des sentiers battus
Dans le paysage de la mode contemporaine, le parcours de Martine Rose n’a rien de conventionnel. Contrairement à de nombreux créateurs issus d’écoles renommées, comme Central Saint Martins à Londres, La Cambre à Bruxelles ou l’Académie des Beaux-Arts d’Anvers, elle choisit d’étudier au Camberwell College of Arts. Situé à Londres, cet établissement prestigieux se spécialise davantage dans l’art et le design. Elle poursuit ensuite ses études à la Middlesex University, dont elle est diplômée en 2002.
« Je faisais de la mode féminine, je créais du prêt-à-porter pour femmes, mais c’étaient des filles habillées en vêtements masculins, donc c’était en réalité toujours de la mode masculine« , confiait-elle à The Guardian en 2017.
Après un premier projet avorté en 2005 avec la styliste Tamara Rothstein, elle lance finalement sa propre marque en 2007. À une époque où la mode masculine restait une niche dans l’industrie du luxe, elle en fait le cœur de ses collections. Un pari osé, mais payant, puisque aujourd’hui, elle s’impose dans ce domaine.
Ainsi son parcours, hors des sentiers battus, n’est pas sans rappeler celui d’un certain Raf Simons. « Elle est à sa génération ce que Raf Simons était à la sienne. Elle a une grâce particulière, peut-être parce que c’est une femme« , nous confie le créateur et consultant Dryce Lahssan. Et la comparaison avec le créateur belge ne s’arrête pas là…


Une mode inspirée par les sous-cultures
Comparer un designer à un autre peut sembler réducteur. Pourtant, dans ce cas précis, il ne s’agit pas tant d’un style que d’une vision résolument iconoclaste. Car la mode de Martine Rose n’est en rien similaire à celle de Raf Simons. En revanche, leur rôle et leur impact dans l’industrie de la mode sont comparables.
À l’instar de son aîné, désormais aux commandes de Prada, Martine Rose puise son inspiration dans l’énergie brute des sous-cultures des années 1980 et 1990. Ce goût pour l’underground, elle le doit à ses cousins plus âgés, passionnés de raves, de reggae, de lovers rock, de punk et de dance music. Il en résulte des collections à l’esthétique subversive et androgyne, des défilés organisés dans des lieux inattendus et une approche avant-gardiste qui bouscule les conventions.
Mais là où le style de Raf Simons se distingue par des silhouettes étriquées et grunge, celui de Martine Rose s’impose au contraire par des proportions exagérées et des coupes volontairement déconstruites.
Cependant, cela ne suffit pas à expliquer pourquoi la créatrice de 45 ans s’impose aujourd’hui comme l’une des plus influentes de sa génération. C’est surtout parce que ses inspirations ne se limitent pas à la musique. Son univers se nourrit également du football et du tailoring, deux véritables institutions en Angleterre, ainsi que de la culture jamaïcaine et du streetwear.
Ce mélange éclectique confère à son travail une identité à la croisée des genres et des époques. “Elle est l’obsession cachée de tellement de designers homme et femme. Elle est la meilleure designer homme au monde, sans équivoque”, poursuit Dryce Lahssan.


Martine Rose, l’atout pas si secret de Demna
Si Internet et les réseaux sociaux sont souvent un terreau fertile pour les rumeurs les plus fantaisistes, celle-ci a au moins le mérite de reposer sur une histoire commune. Pour la comprendre, il faut remonter au 22 juin 2016, jour où Demna présentait son premier défilé homme pour Balenciaga.
À l’occasion de cette collection printemps-été 2017 dévoilée à Paris, le créateur géorgien fait appel au talent de Martine Rose, reconnue pour sa vision singulière de la mode masculine. Une collaboration pleinement assumée par la maison, qu’elle avait d’ailleurs évoquée au Monde.
Tandis que son rôle de consultante s’achève en 2018, elle confiera au magazine Another en 2020 dans une interview à quel point ça l’a aidée. Elle explique ainsi : “Je travaillais encore dans des bars, je squattais. Ce n’est que très tard que j’ai réalisé que ce métier est devenu envisageable, jusqu’à ce que Demna me dise : « J’aime ce que tu fais. Tu veux venir faire ça ici ? » Un aveu qui souligne au passage la difficulté que rencontrent les créateurs de mode actuellement.


Une créatrice de mode adulée par les rappeurs
Son plus fervent admirateur ? L’immense Kendrick Lamar. Après l’avoir habillé sur mesure lors de son Big Steppers Tour en 2022 – il ira jusqu’à faire rimer son prénom avec “sardine” dans The Hillbillies. Un clin d’œil qu’elle reprendra avec humour sur un merchandising “Martine Sardine”. En 2025, la créatrice signe pour lui la veste en cuir rouge, blanc et bleu barrée du mot “GLORIA” qu’il arbore le 9 février au Super Bowl, devant plus de 133 millions de téléspectateurs. En quelques minutes, Martine Rose s’invite sur la plus grande scène du monde.
L’ironie de l’histoire ? Son rival, Drake, compte lui aussi parmi ses fidèles, au point d’avoir figuré dans sa présentation virtuelle de 2021. Lors de leur clash, certains ont d’ailleurs désigné la créatrice comme la grande gagnante du conflit. Rihanna et A$AP Rocky ne sont pas en reste : la chanteuse a fait de ses vestes de sport des incontournables de son vestiaire.
Ajoutez à cela une collaboration au long cours avec Nike et une Shox MR4 mi-sneaker mi-chaussure de ville, et Martine Rose devient bien plus qu’un secret d’initiés.


Martine Rose, Balenciaga ou pas ?
Alors, Martine Rose a-t-elle cette fois toutes les cartes en main pour prendre la tête de Balenciaga ? Sur le papier, tout plaide en sa faveur. Elle connaît la maison de l’intérieur pour y avoir façonné, aux côtés de Demna, les premières collections homme. Elle partage avec lui un goût pour le détournement et l’humour. Et surtout, elle jouit d’une légitimité culturelle que peu de designers peuvent revendiquer.
Pour Kering, le pari serait aussi stratégique. Si Pierpaolo Piccioli a apporté à Balenciaga sa science de la couture, la maison semble s’être éloignée de l’énergie qui avait fait son succès ces dix dernières. Nommer Martine Rose permettrait à la maison de renouer avec sa récente clientèle. Elle deviendrait en outre l’une des rares créatrices noires à la tête d’une grande maison de luxe, aux côtés de Grace Wales Boner chez Hermès.
Et pour la nouvelle garde de designers, le moment ne pourrait être plus opportun. En mars 2026, la créatrice annonçait à WWD avoir dû annuler la production de sa collection automne-hiver 2026, avant que Tomorrow Group, détenteur de sa licence, ne revienne sur cette décision. Un épisode qui rappelle combien l’indépendance reste un combat aujourd’hui, et qui pourrait rendre la perspective d’une grande maison plus séduisante.
Reste une question : le souhaite-t-elle vraiment ? Depuis ses débuts, Martine Rose cultive une discrétion devenue rare. “J’aime être sous les radars”, confiait-elle au magazine W en 2018. Or diriger une telle maison pourrait impliquer des cadences soutenues et une exposition médiatique plus importante.
Une chose est sûre : Martine Rose n’a jamais attendu un groupe de luxe pour écrire sa propre histoire. Et c’est peut-être précisément ce qui fait d’elle la candidate idéale pour Balenciaga.






