Lorenzo Fellon, champion d’Eurosport Superstock 2026, aspire à un bel avenir (interview)

Dans la foulée de son titre décroché en catégorie Stock du championnat du monde MotoJunior, Lorenzo Fellon nous a accordés une interview. Très fier de la façon avec laquelle il a remporté ce trophée, il est aussi très lucide sur la difficulté de rebondir avec ce titre en poche. Il vise, avant tout, un guidon en Mondial Supersport.

Le fils de Laurent Fellon, ex coach aujourd’hui disparu de Johann Zarco, a enfin pu montrer la pleine mesure de son talent. Lorenzo Fellon a décroché, à 22 ans, le titre de champion d’Europe Superstock. Une catégorie, voire un championnat, qui ne parlent qu’à un tout petit nombre d’initiés. Le championnat du monde MotoJunior (ex JuniorGP) se déroule uniquement en Europe et sert de vivier pour découvrir les talents de demain pour monter en Moto3 et Moto2. C’est aussi avec ce championnat (et plus exactement les catégories championnat du monde Moto3 Junior et Moto4 European Cup) que les différents jeunes pilotes de toutes nationalités qui aspirent à rouler en mondial peuvent venir s’affronter en quittant leurs championnats nationaux. Même s’il est nécessaire d’avoir un budget pour participer au MotoJunior, le nombre de courses est limité (7 épreuves) et le fait de rester en Europe freine les coûts pour les déplacements. Reste à convaincre pour passer en mondial et ce n’est pas une mince affaire. Le talent ne suffisant souvent pas, il est plus que préférable de postuler avec des sponsors…

Des sponsors, Lorenzo Fellon en a très peu. Il peut citer Shark ou Alpinestars. La FFM lui a apporté aussi du soutien bien qu’il ne court pas en France et au sein d’un championnat très peu médiatisé. Toutefois, mais c’est notre point de vue, c’est aussi le rôle de la fédération de venir en aide à des pilotes talentueux qui sont isolés. Le championnat du monde MotoJunior est quasiment occupé par les sportifs espagnols. Cela ne l’a pas empêché de décrocher son titre de champion d’Europe Superstock pour cette saison 2026.

Bonjour Lorenzo, félicitation pour ton titre, tu as brillamment remporté le championnat, avec une très belle seconde partie de saison, est ce comme cela que l’on peut résumer ta performance ?

Exact, oui, oui, y’en a beaucoup qui m’ont dit que la deuxième partie de championnat, on a réussi à faire un step et c’est vrai, après en début de championnat on était aussi bien, on a juste eu quelques mésaventures mécaniques à Jerez, qui nous ont évité de faire un podium alors que durant tout le week-end on avait le rythme pour. A Estoril à la deuxième manche, ça c’était un peu moins bien passé en termes de pilotage car j’avais un peu plus de mal, c’est un circuit où j’ai toujours un petit peu galéré Estoril, on a quand même réussi à faire cinquième et ensuite à partir de Magny cours c’est vrai qu’on a réussi à mettre tout bout à bout et on a réussi à gagner. À Valencia ensuite pareil, un super bon week-end avec la pole et la victoire et donc ça a vraiment donné de la motivation à l’équipe de vraiment continuer à bien bosser. C’est vrai qu’à partir de Valencia on a vu qu’on pouvait jouer le titre cette année et à Aragon pareil on a fait un super bon week-end. Par contre les trois derniers tours j’ai eu un autre problème technique au niveau du shifter et du bleeper, mais bon malgré ça on a réussi quand même à faire un podium, à sauver les meubles et ensuite ça nous a permis d’avoir une avance assez confortable en arrivant à la dernière course, avec 18 points de bonus et donc là pareil j’ai essayé de faire vraiment un week-end normal sans trop penser au championnat et au moment de la course on savait qu’on avait le rythme pour gagner mais vu les circonstances et la pression c’était mieux de se contenter de prendre des points et de gagner le championnat au lieu de prendre des risques assez insensés et c’est ce qui s’est passé ;  finalement je me suis calé un peu derrière mon rival toute la course et quand j’ai vu qu’on était juste un groupe de cinq pour la victoire j’ai préféré me mettre à l’arrière du groupe et attendre la fin de la course et finalement ça a payé. Champion du monde à la fin !

Bravo ! Pour un pilote, rouler en 5ème position alors que l’on sait que l’on peut rouler devant, c’est un peu contre nature, non ? 

Bien sûr, on en a vraiment parlé avec l’équipe surtout avec mon chef mécano durant le week-end et il m’a dit déjà après l’avant dernière course à Aragon il m’a parlé franchement et il m’a dit que la dernière course on ne va pas vraiment trop la savourer parce que ça va être une course où il va falloir être intelligent et vraiment durant tout le week-end ça a été ça.
Durant le week-end j’ai pu quand même prendre du plaisir et essayer de pousser en faisant premier le vendredi et ensuite on a roulé tout seul le samedi en qualif et on a réussi à faire quatrième donc oui c’est vrai mais bon il faut quand même aussi limiter les risques essayer d’avoir une marge pour pas aller trop à la limite et pas tomber non plus pour perdre cette bonne confiance mais en course c’est vrai que quand on sent qu’on a la vitesse durant tout le week-end on a vraiment envie de concrétiser ça par un podium ou une victoire mais là l’enjeu du championnat était beaucoup plus important et finalement il vaut mieux sacrifier un podium d’un week-end mais remporter le titre plutôt que de faire une erreur et là perdre vraiment le titre donc voilà ça n’a pas été un week-end facile, ça a été stressant surtout avec un rival comme Ruiz qui est dans un team super bon.  (ndlr : le Team Laglisse, expérimenté et avec beaucoup de soutien).

C’est un championnat très court, il ne faut pas faire de week-end à zéro points ?

Finalement je pense que ça a été la clé, rester concentré sur nous même et surtout être vraiment constant parce que c’est seulement 7 week ends de course il n’y a que 7 courses, une manche par week-end donc là le but c’est vraiment d’être exact, ne pas faire de zéro surtout parce que ça coûte cher, si le rival gagne la course et tu fais un zéro ça coûte cher et c’est difficile ensuite de remonter au point donc c’était vraiment important de ne pas faire d’erreur, rester concentré sur nous et finalement on l’a fait donc c’est vraiment super gratifiant

Avec ce titre que vises tu l’an prochain ?

Moi j’aimerais vraiment essayer de rejoindre le mondial Supersport parce que c’est une supersport plus ou moins la R6 du JuniorGP. Après c’est une stock mais je veux dire c’est une moto de route donc c’est un châssis un peu moins rigide, donc je pense que moi ce serait vraiment super et surtout par rapport au budget. J’aimerais vraiment trouver une place en Supersport en mondial l’an prochain même si maintenant comme il y a beaucoup de pilotes qui cherchent une place là bas ces dernières années et même en venant du Moto2, donc les teams maintenant même en Supersport ils commencent à demander quand même des budgets et ça reste pas facile à trouver mais bon j’espère que cette saison avec ces bons résultats et même quand on compare des chronos par exemple les chronos que j’ai fait à Magny-Cours avec une R6 stock comparé à la supersport on est à une seconde et demie donc c’est vraiment pas mal, ça montre que le niveau est là et même à Misano, les chronos étaient bons, donc voilà j’espère que les gens vont voir ça et les patrons de team vont, je l’espère, prendre cela en considération.

As tu considéré le championnat SportBike ? Ce serait déjà dans le paddock du WSBK ?

Alors oui j’y ai pensé après ça va dépendre il ne faut jamais dire non, il ne faut jamais fermer des portes c’est vrai que je préférerais le Supersport parce qu’en ayant fait du Moto2, en ayant fait la stock 600 ça serait un peu plus dans cette lancée de faire du Supersport après si on arrive à trouver un accord avec du SportBike pourquoi pas, il ne faut jamais fermer les portes mais la priorité reste le Supersport mais on ne sait jamais.

A quoi ressemble tes entrainements pour la saison qui vient de se terminer ? Tu roulais avec ta moto de course ?

Alors oui par rapport à un championnat du monde c’est vrai que le junior GP comme il n’y a pas beaucoup de dates ça fait qu’on a souvent beaucoup de creux entre les courses et ça permet de s’entraîner vraiment beaucoup que ce soit physiquement ou même sur la moto et moi j’ai la chance d’avoir une R6 d’origine pour m’entraîner sur les circuits de karting et moi pour l’instant je vis en Espagne là où est basée mon équipe à Valencia donc ça m’a permis vraiment quand je n’étais pas sur la moto de course durant les week-ends de course de prendre ma R6 qui était vraiment similaire à ma moto de course et aller sur le circuit de karting chez Aspar. Ca m’a beaucoup aidé et d’avoir la chance de s’entraîner avec une moto similaire à la moto de course c’est vrai que ça aide beaucoup parce que tu es toujours dans le rythme dès que tu montes sur ta moto de course dès les premières séances tu es direct dans le rythme et donc c’est un super entraînement.

Le circuit d’Aspar est évidemment payant j’imagine pour les pilotes qui s’y entrainent n’est ce pas ?

Oui malheureusement et c’est vrai que ça fait beaucoup parce que moi j’y allais 3 fois par semaine. Je faisais souvent les demi-journées. Je faisais toujours les demi-journées du matin de 10h jusqu’à 1h ou 2h et après moi je recharge la moto et je vais m’entraîner chez mon préparateur physique qui est juste à côté de Aspar donc ça me permet d’enchaîner les entraînements un peu intensifs et en même temps de rouler souvent sur la moto. En fait je préfère faire des longs runs de 15-20 tours sans m’arrêter sur un circuit de kart avec une R6 c’est quand même assez physique donc je fais 4-5 séances de 15-20 tours et honnêtement c’était bien pour la journée et ensuite tu enchaînes physiquement avec le préparateur et là tu dors bien le soir venu !

Tu as un contrat pneus pour tout ça ?

Bien en fait non, donc, du coup, les pneus reviennent très chers. En Junior GP, on utilise les pneus Pirelli qui ont un super grip, donc, moi, pour mes entrainements, j’utilisais mes pneus de course du week-end, que je détruisais régulièrement, mais c’était un bon entraînement. Après, quand les Pirelli ont fait 15 à 20 tours, ils sont bons à changer, mais on peut parfois rouler un peu plus si on a fait attention aux pressions… mais oui, clairement, le budget pneus à l’année est énorme et il faut tout de même le dépenser car sinon, tu ne peux pas gagner, tu ne peux pas avoir le rythme pour être tout de suite devant en week-end de course et cela te permet d’apprendre ta moto dans toutes les conditions d’usures, dans les différentes conditions de température, etc. Il faut rouler, sans cesse, pour toujours garder le rythme élevé.

As tu un manager à tes côtés pour te trouver une équipe et des sponsors ?

Non, plus actuellement. Depuis que j’ai quitté le Moto3 en 2023 j’ai essayé de trouver un autre manager juste après mais je n’ai pas eu vraiment de bonnes expériences parce que c’est un milieu assez compliqué en fait et j’ai essayé de faire confiance à des personnes que je ne connaissais pas vraiment personnellement et finalement ça a été vraiment une expérience très négative donc pour l’instant j’ai préféré faire par moi même comme j’avais moins de course durant la saison ça m’a permis aussi d’essayer de prendre plus de temps pour essayer de faire des démarches. Mais après oui c’est vrai que c’est pas facile et j’aimerais vraiment trouver un manager qui puisse m’aider à faire des démarches, à trouver des sponsors, mais voilà pour l’instant c’est en cours.

As tu gardé des contacts avec Johann Zarco ?

Oui, absolument, on communique souvent par messages, il m’a dit qu’il regardait parfois les courses en direct et m’a félicité pour mon titre et c’est vraiment sympa. Quand je viens sur des GP, je suis très bien accueilli chez LCR et je m’entends toujours très bien avec Johann.

En tout cas, le message est passé de notre côté Lorenzo, tu es titré et à l’heure où nous publions tu es libre pour la saison 2027

Oui, tout à fait, c’est bien ça, je suis libre et en recherche active pour trouver le meilleur guidon possible pour poursuivre dans la compétition moto au plus haut niveau et je pense qu’il y a de la place dans ce sport pour les pilotes français. Notre niveau est bon, nous avons deux pilotes en GP, nous avons Valentin (ndlr : Debise) en Supersport qui a fait une superbe saison, nous avons Da Costa qui va arriver en Moto3, il y a plein de jeunes pilotes français qui vont vite en championnat de France, je pense que j’ai maintenant ma place en championnat du monde et en Supersport j’aimerais beaucoup.


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