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Que faut-il retenir du PAD London 2026 ?
Jusqu’au 18 octobre 2026, le PAD reprend ses quartiers au Berkeley Square de Londres. Au programme, pièces de design historiques, créations contemporaines et installations immersives. Visite guidée.
par Camille Bois-Martin.
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Le PAD London 2026, coup d’envoi de la saison des foires d’art et de design
Chaque automne, Londres inaugure les festivités d’une saison artistique riche partout en Europe. Avant l’ouverture d’Art Basel Paris puis de Design Miami Paris et enfin de Paris Photo, le PAD London reprend donc ses habituels quartiers dans le Berkeley Square.
Le temps de quelques petits jours – jusqu’au 18 octobre 2026 –, la foire de design se déploie au gré de plusieurs dizaines de stands imaginés par les 66 galeries participantes, originaires de 18 pays. Entre les allées de ce bâtiment éphémère érigé entre les arbres du petit parc londonien, les visiteurs découvrent ainsi des pièces de design historiques, comme des créations plus contemporaines.
Parfois présentés dans des décorations d’intérieur afin de projeter les collectionneurs et les acheteurs, parfois exposés au sein d’installations immersives en lien avec les artistes présentés, les objets qui peuplent le PAD regorgent d’ingéniosité – mais aussi de rareté. Numéro propose une visite guidée autour de ses stands préférés et des lauréats de cette 18e édition.




Des créations audacieuses…
En se faufilant parmi la foule compacte de ce premier jour d’ouverture du PAD London, nos pas nous guident vers l’aile gauche de la foire. Tout autour, des décorations singulières se déploient, reflétant les univers disparates des galeries réunies sous cette immense tente noire. Un siège en bois attire notre regard – et celui de nombreux curieux : son dossier se dessine comme une colonne vertébrale, tandis que ses pieds adoptent la forme des pattes d’un scorpion ou d’une araignée. Sous l’assise, une fourrure se distingue…
Signée de l’artiste polonais Wojtek Józefowicz, cette pièce de mobilier fait écho au reste de la présentation de la galerie Boketto (basée à Paris, Varsovie et Porto) – qui expose d’ailleurs pour la première fois au PAD. Tout autour, on découvre en effet des meubles aux matières et aux formes surprenantes, à l’instar d’une délicate lampe sur pied, dont l’aspect nous évoque la fragilité des ailes d’un papillon. Réalisé par Thibault Philip, le lampadaire est en réalité façonné à partir d’intestins de cochon…


… et des pièces iconiques
Plus tard dans notre parcours, un arbre du Berkeley Square surgit au milieu de la foire de design. Des lianes en laine tissée s’enveloppent tout autour de son tronc, en écho au décor du stand de la galerie Stéphanie Coutas, qui présente en effet ses créations exclusives de mobilier et de luminaires et de mobilier aux couleurs chaudes et naturelles, entre miroir en pierre vert et console bois laqué, évoquant une petite forêt de savoir-faire…
Tout près, la galerie Gastou propose un tout autre univers. L’imposant tronc d’arbre disparaît ici au profit d’une marqueterie spectaculaire. Signé de l’entreprise Féau Boiseries, le décor reprend celui de l’appartement parisien du couple Guerlain, imaginé par Jean-Michel Frank en 1935.
Sur une moquette beige, le laiton martelé d’un siège de Philippe Hiquily rencontre ainsi une table en bois et marbre vert d’Ettore Sottsass, tandis que les lampes fascinantes en bronze et verre soufflé d’Irene Cattaneo se mêlent aux figures sculptées de Raymond Delamarre – qui ont d’ailleurs servi de maquette à celle trônant aujourd’hui sur le parvis du palais de Chaillot.


Le sofa Kronen de Flemming Agger, prix du Design Historique
Quelques mètres plus loin, sur la gauche, un immense sofa vert intrigue nombre de passants. Sa forme de couronne, imposante, et ses larges assises nous font rêver d’une pause bien méritée… Mais il s’agit là d’une pièce bien trop rare pour s’y prélasser : créé en 1967 par l’architecte Flemming Agger, ce canapé dit Kronen (Crown) est une pièce sculpturale et expérimentale, dont on ne connaît, à ce jour, que deux exemplaires.
Incarnation du design de l’avant-garde danoise, l’œuvre est conçue à partir de quatre modules en fibre de verre recouverts de mousse, et remporta d’ailleurs le concours de mobilier organisé par l’École des arts appliqués de Copenhague l’année de sa création. Bref, un petit trésor de design présenté par la galerie Meubles et Lumières, qui remporte d’ailleurs le prix du Design Historique de cette 18e édition du PAD London.


L’étonnant stand la galerie Voena, lauréate du prix du Stand
Toujours dans la thématique du design historique, on retrouve tout près le stand de Laffanour – Galerie Downtown. Lauréate du même prix lors de la précédente édition, l’institution parisienne propose cette année un nouveau décor immersif et saisissant, nourri de pièces aussi rares que pointues. À l’instar d’un lampadaire du Corbusier (LC VII, daté vers 1960) mais aussi du Signal à quatre bas de Takis (1967), haut de 3,20 mètres…
En rebroussant chemin, perdu parmi une foule de plus en plus dense, nous nous retrouvons face à un large stand plongé dans le noir. Contrastant parmi les expositions plus colorées et chargées qui peuplent ce PAD London, le stand de la galerie Voena attire irrémédiablement notre attention. En son centre, un large rectangle fourni de coussins moelleux incite les visiteurs à s’asseoir – voire à s’allonger – pour découvrir, au plafond, une œuvre de Lucio Fontana… en polystyrène.
Sur les murs, on découvre une peinture d’un paysage napolitain du milieu du 17e siècle signée Domenico Gargiulo, mais aussi des miroirs et des luminaires de l’époque Art Déco. En s’adressant à l’équipe de cette institution londonienne, celle-ci nous décrit son décor comme “le pied à terre d’un riche célibataire”, nourrissant encore plus notre curiosité. Exposant pour la première fois au sein de la foire de design, Voena s’impose donc par son originalité et son audace. Un choix récompensé d’ailleurs par le jury, qui lui remet le très convoité prix du Stand.




De la galerie Pulp à la Jousse Entreprise
Nos pas nous guident ensuite vers la jeune galerie Pulp, fondée en 2022, et dont les précédentes installations notamment consacrées à Gaetano Pesce avaient fait sensation. Pour le PAD London 2026, le duo Paul Ménacer-Poussin et Paul-Louis Betto proposent une sélection de pièces conçue autour des grands archétypes du mobilier domestique.
Devant de longs rideaux bleu gris, le stand recrée ainsi intérieur intime : derrière une porte de Pesce, une chaise longue d’Hilton McConnico dite Cactus (1985) dialogue avec un guéridon signé Shiro Kuramata (1985) ou encore une table basse de Néotù (1990, produite en seulement 25 exemplaires)…
Un melting pot coloré de créations iconiques de la fin du 20e siècle, qui contraste ainsi avec les décorations environnantes. Tout près, on découvre en effet le stand de la galerie Jousse Entreprise une table de Marc Newson table, dite Chop Chop.
Datée de 2006, la pièce remporte cette année le prix du Design Contemporain du PAD londonien. Une décision probablement nourrie par la prouesse technique qui se cache derrière sa confection : aussi lourde que fragile, la table en verre rouge repose en effet sur une structure en aluminium, dont les soudures, très fragiles, incarnent le vocabulaire aujourd’hui iconique de Marc Neuson.
Foire PAD London, jusqu’au 18 octobre 2026 au Berkeley Square, Londres.


![Horsphère Bois (III) [1967] de Jean Degottex (provenance : Galerie Jean Fournier, Paris). Huile et grattage sur panneau, 120 x 80,4 cm. En bas : console-table (1902) de Carlo Bugatti. Bois laqué noir, cuir, métal et incrustations d’os, 70 x 116 x 70 cm. Ensemble présenté sur le stand de Sceners Gallery. © Courtesy of Sceners Gallery.](https://numero.com/wp-content/uploads/2025/10/pad-london-768x965.jpg)


