Un couple, Benno et Thecla Graas ont parcouru plus de 580 000 kilomètres à travers le monde pendant 40 ans et leur voyage continue toujours à bord de leur fidèle Royal Enfield 350 Bullet achetée d’occasion à peine 2 000 €…
Source images : Benno Graas pour Das Motorrad
Chaque motard entretient sa passion pour nos amis les deux-roues. Tous savent avec quel petit bois entretenir la flamme : pour certains, il s’agit de la mécanique, pour d’autres des balades ou des voyages. Mais il arrive que quelques-uns ne soient pas motivés par une mais par toutes ces raisons qui font qu’on aime tant la moto. Ceux-là peuvent se lancer à la poursuite de la liberté la plus totale du jour au lendemain, simplement pour découvrir le monde au guidon de leur fidèle destrier. C’est le cas de Benno Graas qui a acheté une Royal Enfield Bullet 350 de 1982 et qui a décidé d’en faire sa plus fidèle compagne de voyage…. Ou presque, puisqu’il a parcouru plus de 580 000km depuis 1984 avec sa femme Thecla Graas sur tout une partie du trajet. Sur un canasson qui aurait fait passer l’envie à quiconque voudrait d’aller plus loin que son territoire de préfecture sur ce monocylindre.
Les ingrédients pour une bonne douzaine de tours du monde ? de la patience, connaitre la mécanique générale, savoir s’adapter en permanence et choisir une moto très simple comme la Royal Enfield 350 Bullet
C’est un petit peu le rêve de tout motard d’avoir une machine capable de l’emmener au bout du monde…12 fois les 40 000 kilomètres qui représentent un tour autour de notre chère planète bleue. Mais autant mettre fin à vos rêves utopistes. En effet, la moto de Benno Graas n’a d’origine que certains bouts de sa presque pittoresque carrosserie et ses deux pilotes. Plus une seule pièce n’est d’origine, que ce soit dans le moteur ou sa transmission.
La machine est tout de même restée très fiable au cours de son périple, selon Benno, malgré des débuts très compliqués du point de vue mécanique avant qu’il n’améliore sa moto après un rodage à travers l’Europe. Le secret d’un tel indice de robustesse, me demanderez-vous ? Une mécanique très simple : la Bullet n’a que 17 chevaux et c’est un monocylindre à carburateur, une conception donc très simple et plus aisée à réparer qu’un système plus complexe. Il vous faudra, avant de partir à l’aventure, être mécanicien puisque Benno Graas en est un d’expérience. Les deux tourtereaux ont aussi roulé pendant 40 ans à des vitesses épargnant la mécanique, bien loin de l’usage des monocylindres modernes et sportifs que l’on peut trouver en tout terrain (KTM, Husqvarna, TM, etc). Il faut aussi souligner que le moteur Royal Enfield tourne à des régimes peu élevés et que son moteur, avec des cotes de type longue course, est conçu pour être plus robuste que performant et dans l’optique d’un tour du monde, ça pèse.
Benno Graas a dû faire de la mécanique dans toutes les conditions, à l’image de cette intervention sur le haut moteur tout en naviguant à bord d’une barge.
Toujours modifiée, De Damas à Lima, jamais égalée
Le périple de Benno débute en 1982. Il voit une Royal Enfield Bullet 350 dans une vitrine en Hollande du Nord, terre natale de Benno et décide de se l’offrir trois ans après avoir pensé arrêter la moto à la suite d’un grave accident avec une Triumph Tiger. Au prix affiché de 4495 florins, soit environ 12 800 francs et un peu moins de 2000 euros aujourd’hui, Benno y voit une affaire et craque pour le monocylindre britannique déjà assemblée en Inde à cette époque. Après un premier trajet de 8000 kilomètres qui servira « de rodage » à la moto à travers l’Ukraine, la Pologne et la Tchécoslovaquie, Benno fait les premiers ajustements, qui seront nombreux. Il a donc fait le tri entre les divers éléments de la moto.
Après d’autres petits périples, la rencontre de motards au nord de l’Afrique motive les deux amoureux à finalement aller plus loin et les convainc de sortir des sentiers battus. Benno rapportera qu’où qu’ils soient et quels que soient leurs soucis, quelqu’un avait pu leur venir en aide. Ils se lancent enfin en 1986 dans une succession de voyages de façon presque frénétique. Après sept mois de stop dans la direction de Damas, le jeune couple est fixé, il faut rentrer, prendre la moto et repartir au plus vite.
Le Parisien titrera « Le roi du Sahara » puisque lors d’un voyage au travers du désert en direction de Tombouctou, la Royal Enfield de Benno flottait sur les dunes alors qu’un Français, faisant le trajet avec eux avec une BMW Dakar, se retrouvait coincé dans les dunes tous les quatre matins.
L’aventure marque Thecla en 1992 quand elle est bloquée dans un hôpital en Tanzanie, touchée par le paludisme. À la suite de quoi ils partiront pour le Tibet sans moto avant de la reprendre pour sept mois et la traversée de l’Amérique du Nord, de l’Alaska à Mexico. La Royal Enfield en aura vu de toutes les couleurs, de toutes les températures, de toutes les pressions atmosphériques. Passée par la Patagonie, le Pantanal brésilien, cette moto aura traversé l’Amazonie en camion, remonté le Nil en bateau, été poussée par le couple dans les montagnes des Landes Péruviennes puisque, pour citer Benno : « Les papillons allaient plus vite. »
Que d’aventure pour un couple qui aura vu du pays ! Nous terminerons ce sujet par une autre phrase de Benno, « J’aurais préféré me faire manger par cinq lions plutôt que de penser au voyage depuis chez moi ».







