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Rencontre avec Tiakola, star prodigieuse et attachante du rap français
Alors qu’il dévoile ce vendredi 25 septembre 2026 son nouveau disque intitulé WpointM, Tiakola, poursuit une ascension qui dépasse désormais les frontières du rap pour s’aventurer vers la pop et l’afrobeats. Entouré de Jorja Smith, Theodora ou encore Rema sur ce deuxième disque épatant, l’artiste français, qui a récemment été nommé ambassadeur Yves Saint Laurent Beauté, confirme son goût pour les passerelles entre les genres musicaux. À cette occasion, il se confie à Numéro sur la naissance de cet opus, ses inspirations et cette nouvelle étape d’une carrière qui ne cesse de prendre de l’ampleur.
propos recueillis par Nathan Merchadier.
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L’interview de Tiakola, le rappeur adoubé par Jorja Smith, Angèle et Burna Boy
Numéro : Quatre ans après votre opus, Mélo, qui s’est hissé au rang de disque de diamant et qui vous a installé parmi les artistes les plus importants de votre génération, vous revenez avec WpointM. Que s’est-il passé entre ces deux albums ?
Tiakola : Déjà, il y a tout ce que j’ai vécu pendant ces quatre années. Car tout ce qui a changé dans ma vie a forcément beaucoup nourri ma musique. Et puis il y a mon évolution artistique : j’ai beaucoup appris au contact des gens que j’ai rencontrés et côtoyés pendant cette période. J’ai aussi développé mon côté “auto-producteur”, avec cette envie d’être de plus en plus autonome et de pouvoir faire les choses par moi-même. Au final, ces quatre années sont passées très vite. Donc faire cet album, ce n’était pas forcément simple, mais c’était logique. Tout ce que j’avais vécu et appris m’y amenait naturellement.
Quelle était votre démarche artistique sur ce disque ?
J’ai davantage travaillé les sujets (ses racines congolaises, sa vie à La Courneuve, la gloire, ses convictions, ndlr) abordés dans mes morceaux. Musicalement, je n’ai pas forcément changé ma signature. Mon album Mélo a marqué une époque, notamment celle de la drill, mais j’ai toujours aimé mélanger les sonorités de mon époque avec mes propres influences. Pour WpointM, je suis justement allé chercher dans mes retranchements, dans les choses qui m’ont construit au début. J’ai essayé de mixer tout ça avec ce que je fais aujourd’hui. La vraie évolution se situe donc davantage dans les sujets, en allant plus en profondeur dans ce que je raconte.
“Je reste toujours sincère dans ce que je fais.” Tiakola
Vous êtes souvent décrit comme un artiste mélodique, parfois davantage que comme un rappeur. Est-ce que cette distinction vous intéresse ?
En fait, ça ne me dérange pas, parce que j’ai plusieurs moods quand je suis en studio. Un jour, je peux venir et découper une prod en rappant. Le lendemain, je vais être davantage dans la mélodie, à 60 % par exemple. Je peux faire un morceau comme Alpha ou Nouveau, rapper sur un couplet, puis passer au chant par la suite. Donc c’est assez naturel que le public ait parfois du mal à me placer entre les deux. Moi, je fais simplement les deux. Et je pense que ce mélange fonctionne aussi parce que je reste toujours sincère dans ce que je fais.
Votre nouvel album est marqué par de nombreuses collaborations (Jorja Smith, Theodora, Rema…)…
Le lien avec ces artistes existait déjà, parce que certains featurings étaient prévus depuis un moment. Jorja Smith est une artiste que j’écoute beaucoup. Pour Bné sur Vrai Og, c’est encore différent, car c’est un membre de mon groupe 4Keus. Et pour les autres, ce sont des rencontres que j’avais en tête depuis un moment, notamment avant de faire le projet BDLM (2024). Certains seront surpris parce qu’ils s’attendent peut-être à retrouver des noms encore plus gros. Mais les trucs énormes, je les ai déjà faits. Là, je ne voulais pas faire des featurings juste pour faire du chiffre. J’avais envie que chaque collaboration ait du sens, qu’elle soit crédible et qu’elle corresponde vraiment à ma vision du projet.


“Je suis là pour faire durer ma musique et construire des choses qui ont du sens sur le long terme.” Tiakola
Vous trouvez que les featurings répondent davantage à des logiques de visibilité plutôt qu’à une véritable envie artistique ?
Je suis plutôt d’accord avec ce qui se passe dans l’industrie : chacun est libre de faire ce qu’il veut. Mais moi, ce n’est pas mon état d’esprit de faire un featuring, de le mettre en avant à fond et, ensuite, de passer à autre chose. Je suis là pour faire durer ma musique et construire des choses qui ont du sens sur le long terme.
Après avoir collaboré avec Burna Boy sur le titre Hello (2026), c’est le chanteur nigérian Rema qui apparaît sur l’album. Vous sentez-vous appartenir à une génération d’artistes français dont la musique est de plus en plus connectée aux scènes africaines, et notamment au Nigéria ?
Je pense que l’on partage beaucoup de choses à travers cette culture musicale afro, notamment les mêmes influences. Ils ont grandi avec Fela Kuti, que j’ai aussi beaucoup écouté. Ils ont également connu des artistes congolais comme Awilo Longomba. Donc, en termes de mélodies et de références musicales, on a beaucoup de choses en commun. Après, je pense que j’ai réussi à me démarquer par ma manière de chanter et par ma voix. Elle peut passer au-delà de la langue, car on n’a pas forcément besoin de comprendre exactement ce que je raconte pour ressentir quelque chose. C’est davantage une question de vibe. Et la musique afro est justement très basée sur le feeling. C’est aussi pour ça qu’on arrive facilement à se connecter. Et puis, il y a aussi tout ce qui se passe autour de la Fashion Week, les concerts à Paris… On se retrouve dans les mêmes endroits, on se croise, on échange.
“J’ai beaucoup d’auditeurs en Afrique, notamment sur YouTube : une grande partie de mes écoutes vient de là-bas.” Tiakola
Récemment, la chanteuse Ayra Starr a collaboré avec Theodora et Aya Nakamura. On observe donc de plus en plus de collaborations entre les artistes africains et français, dans les deux sens…
Ce sont des portes qui s’ouvrent. Nous, on a beaucoup intégré nos influences afro dans notre musique, donc forcément, eux aussi se rendent compte qu’il y a quelque chose à faire. Après, c’est avant tout un échange. Ça leur permet d’avoir davantage de visibilité en France et, de notre côté, ça nous ouvre aussi des portes dans leurs pays et sur leurs scènes. Dès qu’il y a cette connexion avec des artistes anglophones, ça crée forcément un échange intéressant.
Vous venez aussi d’annoncer une tournée de huit dates en Afrique…
J’ai beaucoup d’auditeurs en Afrique, notamment sur YouTube : une grande partie de mes écoutes vient de là-bas. Donc, faire des concerts en Afrique et continuer à y développer ma musique, c’est la suite logique.
“J’ai imaginé Mélo Décalé en revenant à des choses qui font partie de mon enfance.” Tiakola
Avec le titre Mélo Décalé, vous dénoncez le problème de la non-monétisation de YouTube dans une grande partie de l’Afrique francophone. Pourquoi était-il important pour vous de faire entrer cette question économique dans votre musique ?
Mélo Décalé, je l’ai imaginé en revenant à des choses qui font partie de mon enfance. Le fait d’avoir déjà voyagé en Afrique pour travailler avec des artistes afro francophones m’a beaucoup marqué. J’ai pu voir leur réalité, comprendre comment ils faisaient vivre leur musique et généraient leurs revenus. Ça m’a touché. Je me suis donc dit que c’était le bon moment pour faire passer ce message, justement à travers un morceau comme celui-ci. Avant même de parler de politique ou d’économie, mon objectif, c’est surtout de mettre en lumière cette problématique et d’obtenir des réponses. C’est un combat, que je ne mène pas seul, car on est plusieurs artistes à le porter.
Sur le titre Caméléon, les chœurs et les sonorités gospel font directement écho à votre éducation à l’église. Comment vos premières expériences musicales continuent-elles d’influencer votre musique aujourd’hui ?
À la base, dans ma manière de créer des mélodies, il y a déjà quelque chose qui vient de l’église. Quand je trouve une petite mélodie, elle est souvent naturellement inspirée de ça. Et puis, j’ai pu approfondir cette dimension avec un morceau comme Caméléon. J’ai compris que c’était une vraie force et que les gens autour de moi adhéraient à cette facette-là de ma musique, donc j’ai vraiment décidé de l’assumer et de la pousser davantage. J’ai aussi grandi avec deux univers. À la maison, il y avait la musique de l’église, mais dès que je sortais, il y avait le rap. J’ai donc naturellement mélangé les deux, puis toutes mes autres influences.
“À la maison, il y avait la musique de l’église, mais dès que je sortais, il y avait le rap..” Tiakola
Dans un tout autre registre, sur Cœur de pirate, vous samplez le morceau Comme des enfants de la chanteuse. Est-ce un hommage ?
Tout à fait. Ça me faisait vraiment plaisir de sampler ce morceau, parce que ça fait partie de ma culture musicale et de tout ce que j’ai écouté en grandissant. Ce genre de musique, je l’ai découvert à la télévision et ça m’a marqué. J’avais déjà raconté en interview que j’écoutais Cœur de Pirate, Julien Doré ou encore les BB Brunes. Je fais mes recherches dans la musique, j’écoute de tout, donc ma palette est assez large. Ce sont peut-être des références que l’on cite moins souvent dans le rap, mais elles ont toujours fait partie de mon univers. Avant d’aller en cours, j’écoutais ça et quand je rentrais de l’école, c’était encore la même chose. Et quand je vais au studio, toutes ces références peuvent ressortir. Quand j’étais plus jeune, je me disais déjà qu’on pourrait en faire quelque chose.
“Les hommes se livrent davantage dans la musique et il y a eu beaucoup de changements dans la manière de s’exprimer.” Tiakola
Les artistes de votre génération semblent aujourd’hui s’autoriser davantage à exprimer leurs émotions et à s’affranchir de certains codes de la masculinité. Est-ce que vous avez le sentiment que les hommes ont désormais plus de liberté pour s’exprimer ?
Je trouve que tout cela a évolué. Les artistes que j’écoutais quand j’étais plus jeune étaient déjà assez différents. Il y avait Kery James, mais aussi du R’n’B. Sur beaucoup de titres de R’n’B, les hommes parlaient d’amour et exprimaient davantage leurs sentiments. Moi, quand j’arrive, je suis un peu entre les deux. Aujourd’hui, c’est vrai que les hommes se livrent davantage dans la musique et qu’il y a eu beaucoup de changements dans la manière de s’exprimer. Après, je pense que ce sont des cycles. Peut-être que dans dix ans, on reviendra à un rap plus hardcore. Il y a toujours eu une partie du rap qui est restée ainsi. Cela n’a pas totalement disparu.
Vous êtes depuis peu l’un des nouveaux visages d’Yves Saint Laurent Beauté. Qu’est-ce qui vous a séduit dans cette nouvelle aventure ?
C’est la suite de mon côté artistique. Au fil de mes projets, j’ai déjà eu l’occasion de collaborer avec Nike ou de faire des shootings pour des magazines, donc cette nouvelle aventure s’inscrit dans une continuité. Ça correspond bien à ce que je suis et à la manière dont j’aime développer mon univers. Faire quelque chose avec Yves Saint Laurent Beauté peut paraître surprenant, mais ce n’est pas si étonnant lorsqu’on me connaît.


“Quand j’arrive à la Fashion Week, j’ai l’impression de faire mes devoirs.” Tiakola
Vous avez toujours eu un goût prononcé pour la mode (on vous a notamment vu en Levi’s custom sur scène) et vous êtes désormais un habitué des défilés de la Fashion Week. Quels sont les designers qui vous font rêver ?
Mes références ultimes en matière de style ont toujours été Nigo et Virgil Abloh. Après, il y a plein d’autres créateurs et de maisons dont je ne connais pas encore forcément les noms. Je suis en phase d’apprentissage dans ce domaine. Comme je l’ai fait avec la musique, où j’ai appris au fil du temps, je découvre aujourd’hui la mode de la même manière. Au fur et à mesure, je vais apprendre, découvrir de nouveaux créateurs et affiner mes références. Quand j’arrive à la Fashion Week, j’ai l’impression de faire mes devoirs.
Si vous pouviez parler au Tiakola de l’époque de Mélo, quel conseil lui donneriez-vous aujourd’hui ?
Que l’on peut réaliser ses rêves, mais qu’il faut apprendre à vivre avec ce qu’ils impliquent. On vit à une époque où l’on montre beaucoup le lifestyle, tout ce qui brille, mais de l’autre côté, il faut savoir faire face aux trahisons, aux déceptions, aux moments de solitude et de réflexion. Tu peux avoir de la réussite et, malgré tout, te sentir seul. Comme je le raconte dans Jet Lag, il y a des moments importants, notamment familiaux, que tu rates à cause de la célébrité. Et finalement, ma plus grande réussite n’est peut-être pas celle qu’on imagine. Mon premier objectif, c’est de mettre mes parents à l’abri. Pouvoir offrir une maison à mon père au Congo, l’aider à construire quelque chose pour lui, c’est ça, pour moi, un véritable accomplissement. Et puis penser à l’avenir, à mes futurs neveux, faire en sorte qu’ils puissent hériter de quelque chose et vivre bien plus tard.
WPointM (2026) de Tiakola, disponible.





