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Les confessions du groupe Interpol, stars charismatiques du rock new-yorkais
Depuis la sortie de l’album Turn On the Bright Lights en 2002, Interpol s’est imposé comme l’un des groupes emblématiques du renouveau rock new-yorkais des années 2000. Vingt-quatre ans plus tard, le quintette revient avec This Mirror Weighs a Ton, un huitième disque qui conserve sa signature sombre tout en élargissant sa palette sonore. À l’occasion du passage du groupe au festival Rock en Seine, Daniel Kessler, le charismatique guitariste et co-fondateur de la troupe nous raconte ce nouveau chapitre.
propos receuillis par Nathan Merchadier.
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This Mirror Weighs a Ton, le nouvel album réussi d’Interpol
Depuis plus de deux décennies, le groupe culte Interpol n’a cessé de faire vibrer la corde sensible du rock new-yorkais. Révélé en 2002 avec le sublime album post-punk Turn On the Bright Lights, le trio emmené par Paul Banks, Daniel Kessler et Sam Fogarino s’est rapidement imposé, aux côtés de The Strokes, comme l’un des visages les plus emblématiques du renouveau rock des années 2000.
Après The Other Side of Make-Believe (2022) et une longue tournée célébrant notamment les vingt ans de leur disque culte Antics (2004), Interpol aurait pu se laisser happer par la nostalgie. Mais c’est précisément l’inverse qui s’est produit.
Sorti le 28 août, le superbe This Mirror Weighs a Ton, leur huitième album studio, semble ouvrir un nouveau chapitre pour le groupe, désormais officiellement passé du trio au quintette avec l’arrivée du bassiste Brad Truax et du claviériste Brandon Curtis, jusque-là musiciens de tournée.
Un opus produit par l’homme derrière certains tubes de Charli xcx et Miley Cyrus
Enregistré en plein cœur de Manhattan avec le célèbre producteur Andrew Wyatt (collaborateur de Miley Cyrus, Rosalía et Charli xcx), le disque conserve la signature dark et ultra-reconnaissable d’Interpol tout en élargissant considérablement sa palette sonore. Et si le rock est régulièrement déclaré mort, le groupe, la bande continue de lui donner quelques raisons de vivre.
Au lendemain de leur passage éléctrique au festival Rock en Seine, Daniel Kessler, le charismatique guitariste et co-fondateur du groupe, s’est confié auprès de Numéro sur ce nouvel album, la métamorphose du groupe et sa relation avec New York.
L’interview d’Interpol, stars charismatiques du rock
Numéro : Vous venez d’enflammer le festival Rock en Seine, quelques jours après la sortie de votre album This Mirror Weighs a Ton. Quel était votre état d’esprit en quittant la scène ?
Daniel Kessler : C’est assez particulier de jouer dans un festival avec une programmation aussi incroyable, aux côtés de Mogwai, Slowdive et, évidemment, The Cure. Tout s’est parfaitement aligné, le timing était idéal, le week-end était formidable, et notre nouvel album est (enfin) sorti vendredi dernier. On était donc vraiment très excités.
Ce n’est pas la première fois que vous jouez dans l’Hexagone. Quelle communion avez-vous ressentie avec votre public français ?
Je pense que notre histoire en Europe a, d’une certaine manière, commencé en France. En 2001, nous avons été programmés à La Route du Rock, alors que nous n’avions même pas encore de contrat avec un label. C’est après ce concert que nous avons été signés en France, pour développer notre carrière en Europe. Ça a donc vraiment été le point de départ de beaucoup de choses pour nous. Et puis, à titre plus personnel, la France occupe une place très particulière dans mon cœur. J’y ai vécu de mes 5 à mes 11 ans et une partie de ma famille y vit encore aujourd’hui. Nous avons donc une histoire très longue avec ce pays. Et j’ai toujours beaucoup de plaisir à revenir y jouer, un peu partout.


“Nous sommes toujours un groupe intéressant parce que lorsque nous écrivons de la musique ensemble, la connexion est très forte.” Daniel Kessler
Avec This Mirror Weighs a Ton, vous semblez avoir atteint une nouvelle forme de maturité artistique. Comment avez-vous construit ce disque ?
Nous avons beaucoup tourné suite à la sortie de notre précédent album, The Other Side of Make-Believe, en 2022, mais nous savions déjà que nous voulions en faire un autre. Nous avons donc commencé à écrire entre deux tournées, avec l’idée de travailler avec notre ami Andrew Wyatt à la production. Cela nous a donné un point de départ. Après toutes ces années, je crois que nous sommes toujours un groupe intéressant avant tout parce que lorsque nous écrivons de la musique ensemble, la connexion est très forte.
Pourquoi avoir travaillé avec le producteur Andrew Wyatt, qui s’avère par ailleurs être un proche collaborateur de Miley Cyrus, Rosalía et Charli xcx ?
Andrew a apporté une nouvelle dimension au disque. C’est un ami proche, mais aussi un musicien extraordinaire. Je connaissais évidemment les projets sur lesquels il travaillait, mais notre relation était avant tout personnelle. Paul Banks [le chanteur et leader d’Interpol, ndlr], avait déjà collaboré avec lui sur un morceau pour son album avec le rappeur et producteur RZA (du groupe Wu-Tang Clan) et en avait gardé un très bon souvenir. Évidemment, il y avait une part de risque. Car le fait de travailler avec un ami peut très bien ne pas fonctionner, voire finir par abîmer une amitié. Nous avons donc commencé par un petit test de cinq jours dans son studio, chez lui. En très peu de temps, nous avons énormément avancé et exploré des directions assez différentes. Certaines des chansons que nous avons travaillées pendant ces quelques jours se sont finalement retrouvées sur l’album.
“Pour moi, cet album représente une évolution très naturelle du groupe, une nouvelle étape dans sa maturité.” Daniel Kessler
Qu’est-ce qui déclenche votre processus créatif, et comment une idée devient-elle peu à peu un morceau du groupe ?
En général, je commence à travailler sur les morceaux chez moi, puis je les apporte au groupe. Lorsque nous arrivons au studio, nous les transformons alors en de véritables morceaux d’Interpol. Pour moi, cet album représente donc une évolution très naturelle du groupe, une nouvelle étape dans sa maturité. Après autant d’années, nous continuons à grandir et à avoir envie d’explorer de nouvelles choses. Mais nous n’avons jamais cherché à provoquer cette évolution.
Le disque s’ouvre sur This Mirror Weighs a Ton, un morceau qui semble ouvrir votre univers sonore…
C’est l’un des morceaux qui s’est construit de la manière la plus inattendue. Tout est parti d’une idée de Brad Truax, notre bassiste de longue date. Puis Andrew Wyatt a ensuite ajouté des orchestrations et toutes sortes d’atmosphères, et je me suis dit que l’on tenait quelque chose de vraiment intéressant. En travaillant dessus, j’ai aussi pensé à une tradition que nous avons depuis notre tout premier album qui consiste à commencer nos disques avec des morceaux qui ne sont pas nécessairement des singles pop. Le premier morceau de notre premier album s’appelle d’ailleurs Untitled (2002) et ne comporte que quatre lignes de chant. J’ai trouvé qu’il y avait un lien assez naturel entre ce titre et This Mirror Weighs a Ton. C’est une manière assez douce d’entrer dans ce nouvel album et d’embarquer l’auditeur avec nous.


“Je ne crois pas qu’Interpol soit un groupe particulièrement nostalgique.” Daniel Kessler
Interpol est né à New York, mais aujourd’hui la géographie du groupe est beaucoup plus éclatée. Daniel, vous vivez entre les États-Unis et Barcelone, tandis que Paul Banks est désormais installé à Berlin. Le fait de ne plus vivre dans la même ville change-t-il votre manière de faire de la musique ?
En réalité, cela ne change pas vraiment ma manière de faire de la musique. Je vis à New York depuis très longtemps et, même lorsque j’ai vécu ailleurs, je n’ai jamais vraiment quitté la ville. J’y ai toujours gardé un pied-à-terre, et j’y passe encore beaucoup de temps. En même temps, j’aime découvrir d’autres endroits du monde et rester ouvert à d’autres influences, qu’elles soient musicales ou liées à la vie. Je prends toujours beaucoup de plaisir à retourner à New York et je m’y sens très à l’aise pour écrire, mais je sais désormais que je n’ai pas besoin d’y être pour faire de la musique. Je continue d’y puiser des choses, mais je ne suis plus nécessairement connecté à toute la nouvelle scène new-yorkaise. Mais je ne cherche plus forcément à savoir ce qui émerge dans chaque petit club ou chaque quartier.
Vous avez connu cette ville à une époque où la musique se vivait d’une manière beaucoup plus physique qu’aujourd’hui, notamment en écumant les clubs. Que reste-t-il de ce New York-là dans vos chansons d’aujourd’hui ?
New York n’est pas une ville loyale, et il n’est pas rare de marcher dans une rue que vous connaissez parfaitement et de découvrir soudain qu’un immeuble entier a disparu. Je suis surtout très reconnaissant de l’avoir connu durant ma vingtaine. C’était un endroit très particulier, très vivant, où l’on avait vraiment le sentiment d’être dans le présent. Et je ne crois pas qu’Interpol soit un groupe particulièrement nostalgique. Une fois qu’un disque est terminé, nous ne passons pas notre temps à regarder en arrière. C’est d’ailleurs ce qui rend notre album This Mirror Weighs a Ton important pour nous. Le disque est très ancré dans le présent, car il représente exactement qui nous sommes aujourd’hui, individuellement et en tant que groupe. Nous sommes encore dans une période où nous avons beaucoup de choses à dire et à explorer.


“J’ai l’impression que la masculinité évolue et devient progressivement plus à l’aise avec elle-même.” Daniel Kessler
Le groupe Interpol a émergé à une époque où l’élégance masculine était extrêmement codifiée. Avec le retour de l’indie sleaze, avez-vous le sentiment que votre propre style est aujourd’hui regardé différemment ?
C’est amusant car je m’habille presque toujours en noir, avec un costume et un pantalon légèrement taille haute. Je crois que, depuis que j’ai six ans, je savais déjà qu’un jour je m’habillerais comme les membres de The Specials (un groupe de musique britannique formé à la fin des années 1970, ndlr) ou comme certains personnages de grands films du début des années 60. J’ai toujours eu le sentiment que cette silhouette pouvait traverser les époques. Mais en réalité, la mode fonctionne beaucoup par cycles, un peu comme la musique. On nous avait annoncé que le rock était mort, puis vingt ans plus tard, il revient. On peut presque prévoir ces mouvements.
Pensez-vous qu’un homme peut aujourd’hui encore utiliser le vêtement comme une forme de construction ou de subversion de sa masculinité, comme cela pouvait être le cas dans les années 2000 ?
Au fond, tout est une question de confort et d’expression personnelle. Cela peut prendre des formes très différentes. Quelque chose de très spectaculaire ou, au contraire, de beaucoup plus sobre et minimaliste. L’important, c’est la manière dont on a envie de se représenter et de s’exprimer. Et puis la masculinité évolue elle aussi. J’ai l’impression qu’elle devient progressivement plus à l’aise avec elle-même. D’une manière plus saine, moins liée à cette idée de virilité toxique. Je trouve aussi très intéressant de voir certaines tendances revenir. Il y a des éléments des années 90 que je n’aurais jamais imaginé revoir, comme les pantalons très larges, les baggys, et plus largement toute cette esthétique très rave.
“La technologie est partout autour de nous, elle transforme déjà notre quotidien.” Daniel Kessler
Une partie des membres d’Interpol sont devenus parents au cours de la longue histoire du groupe. Est-ce que le fait d’avoir désormais des enfants change votre manière d’écrire sur l’avenir ?
À titre personnel, je n’ai pas d’enfants, donc je ne peux pas vraiment parler de mon expérience. Mais pour Paul, évidemment, cela a changé beaucoup de choses. Il a aujourd’hui deux enfants et je pense que cela a forcément intensifié certaines émotions, notamment lorsqu’il est loin d’eux. Nous tournons beaucoup, alors chaque fois qu’il quitte sa famille, il faut que cela en vaille vraiment la peine. Je pense que cela rend aussi les concerts encore plus importants pour lui. S’il doit être loin de sa famille, il faut que le moment sur scène soit pleinement vécu, qu’il ait vraiment le sentiment d’être là, dans l’instant. Je trouve qu’il a fait un travail remarquable pour évoluer avec cette nouvelle réalité. Je pense aussi que cela peut renforcer l’exigence que l’on a envers ce que l’on crée. Mais, pour être honnête, nous nous sommes toujours mis énormément de pression.
Le thème de l’intelligence artificielle apparaît en filigrane dans l’album, notamment sur le titre Iron City. Pourquoi était-il important pour vous d’intégrer cette réflexion sur la technologie et son impact sur nos vies ?
À vrai dire, cette idée vient surtout de Paul : dès le départ, il voulait parler de l’impact de la technologie sur notre existence. Les paroles sont vraiment son domaine et je ne peux pas prétendre savoir à l’avance les sujets qu’il aura envie d’aborder. Je n’aurais peut-être pas deviné qu’il voudrait parler de politique ou, plus largement, de notre vie contemporaine, mais ce sont des thèmes qui lui parlent aujourd’hui. Et puis ce sont des questions qui nous concernent tous. La technologie est partout autour de nous, elle transforme déjà notre quotidien et elle aura forcément un impact sur notre avenir. C’est donc devenu un sujet qui avait sa place dans cet album.
This Mirror Weighs a Ton (2026) d’Interpol, disponible.







