La sécheresse qui frappe l’Europe a fait chuter le niveau du Danube au point de révéler une DKW NZ 350-1 militaire, engloutie depuis la Seconde Guerre mondiale.
C’est un passant qui a donné l’alerte, en repérant un morceau de métal rouillé émergeant de la vase, à hauteur de la place Batthyány, en plein cœur de Budapest, face au Parlement hongrois. La forme rappelait une fourche de moto. Les experts du Musée et Institut d’histoire militaire hongrois, dépêchés sur place, ont rapidement confirmé qu’il s’agissait bien d’une motocyclette militaire allemande de la Seconde Guerre mondiale, restée immergée depuis près de huit décennies.
La trouvaille est directement liée à la sécheresse qui touche une large partie de l’Europe cet été : les niveaux d’eau du Danube sont descendus à des seuils extrêmement bas, mettant à nu des sections du lit du fleuve restées invisibles depuis des générations.
Une DKW NZ 350-1 taillée pour le front de l’Est
La moto identifiée est une DKW NZ 350-1, une version spécialement adaptée aux besoins de la Wehrmacht, équipée de caisses de transport et de fixations dédiées, notamment pour les masques à gaz. Environ 12 000 exemplaires de ce modèle ont été livrés à l’armée allemande entre 1943 et 1945.
Dans les entrailles, un monocylindre deux temps de 346 cm³, normalement refroidi par air mais devenu, involontairement, refroidi par eau depuis 1944. La puissance documentée est de 11,5 ch à 4 000 tr/min, pour une vitesse de pointe annoncée jusqu’à 105 km/h, via une boîte 4 rapports à sélection manuelle et au pied. La pénurie d’aluminium de l’époque, réservé en priorité à l’aviation, avait contraint DKW à fabriquer l’essentiel du moteur en fonte. Réservoir de 15 litres, poids d’environ 175 kg en configuration militaire complète, la moto extraite du fleuve, elle, gorgée de boue et d’eau, pesait plus de 200 kg au moment du relevage, nécessitant plusieurs membres de l’équipe pour la sortir. Autre particularité technique : la fourche avant, une construction à parallélogramme avec suspension centralisée au niveau de la colonne de direction, dont le principe n’est pas sans rappeler le Duolever actuel de BMW.
Malgré ces décennies sous l’eau, la moto est ressortie dans un état de conservation jugé surprenant, suffisamment intacte pour envisager un projet de restauration.
Un site jonché de munitions et de restes humains
La DKW n’était pas seule. Autour d’elle, les équipes ont mis au jour un véritable arsenal englouti : mines antichars allemandes Teller de type 35, munitions d’infanterie allemandes et soviétiques, éclats de grenades et d’obus d’artillerie. En raison du danger que représentaient ces munitions, le site a dû être sécurisé avant toute évacuation complète.
Plus grave encore, les ossements de deux soldats allemands ont été retrouvés, accompagnés de leurs plaques d’identification complètes. Le Volksbund Deutsche Kriegsgräberfürsorge, l’organisation allemande chargée de l’entretien des sépultures de guerre, a participé aux opérations et a déjà procédé à leur exhumation en vue d’une inhumation. Selon les historiens militaires impliqués, ce tronçon du fleuve aurait servi de zone de rejet d’urgence pendant ou juste après le siège de Budapest : acculées et proches de la capitulation, les troupes allemandes auraient jeté leur équipement dans le Danube pour éviter qu’il ne tombe aux mains de l’Armée rouge.
Direction les ateliers du musée
La moto a été transférée dans un hangar du Musée et Institut d’histoire militaire, sur la Kerepesi út à Budapest, où un long travail de nettoyage et de conservation va débuter. Son sort final — restauration complète en vue d’une exposition publique, ou conservation en l’état comme témoignage brut du conflit — reste à trancher. Si elle devait un jour être restaurée puis proposée à la vente, une DKW NZ 350-1 dans cette configuration pourrait, selon certaines estimations, atteindre entre 11 000 et 17 000 €, selon son état et la documentation qui l’accompagne.

