Il l’a fait ! Arrivé en solo par la route depuis la Californie où il a emprunté une moto strictement stock à Kawasaki USA, Paul Lefevre est parvenu à mettre sa ZX-4RR en conformité pour s’aligner au départ de deux runs sur le lac salé de Bonneville, dans l’Utah. S’il n’a pas battu le record de la catégorie 500 Production avec sa machine de seulement 399 cm3, celui qui rêvait de rouler dans les traces de Burt Munro n’en était pas moins euphorique d’avoir réussi son pari complètement fou : arriver par la route avec une moto de série, la bricoler sur un parking, prendre le départ d’un ou plusieurs runs et rentrer comme il est venu, après avoir remis en place rétros, plaque d’immatriculation et clignotants. le « Crazy French Guy » a donc réussi son pari, même si ce ne fut pas sans peine et qu’il a dû en appeler à une aide « internationale ».

C’est d’abord un concurrent breton aligné en 50 cm3 au guidon d’un Velosolex qui n’a pas fait mois sensation au milieu des fusées surchargées des concurrents américains, qui a aidé Paul à mettre sa moto en conformité. Car avec un sac à dos et sa combinaison sanglée sur l’arrière de selle de la petite Kawa, le Chartrain n’avait pas la place pour une caisse à outils, pas même le moindre tournevis… Tout l’inverse de Stéphane, qui se rendait pour la quatrième fois sur le lac salé pour inscrire son nom sur les tablettes de la Speed Week, et qui a amené de Lorient tout l’attirail pour inscrire son vénérable Solex dans plusieurs catégories, dont celle qui autorise la suralimentation au Nitrous !! Pas moins de 39 chevaux pour l’engin qui ne ressemble plus vraiment à sa version d’origine, qui affiche un demi-cheval sur le banc. Quand Paul a avisé le drapeau breton qui trônait fièrement sur le pick-up de location de Stéphane, il est allé demander son aide pour les quelques opérations de base nécessaires à l’inscription – très stricte – à la Speed Week.

Sans hésiter, entre deux records bel et bien validés, Stéphane a aidé Paul à installer sur sa ZX-4RR un amortisseur de direction d’Hayabusa prêté par un autre bienfaiteur, américain celui-là. Nick devait s’aligner avec sa Suzuki GSX-1300 R pour enfin passer la barre des 200 mph qu’il a frôlée lors des précédentes éditions, mais une soupape capricieuse après un run enregistré à 189 mph a ruiné ses espoirs de faire mieux que les 199,7 miles per hour qui constituent son record, encore loin du record de la catégorie dans laquelle il s’alignait, les motos non carénées turbo-compressées, fixé à 241 mph, soit 387,852 km/h…

Pour Paul, le record à battre en 500, détenu par une Honda deux-temps qui n’a pas franchement l’air d’être une moto de série, était de 148,242 mph, soit 238,572 km/h. « Impossible à la régulière » reconnaissait Paul, mais son défi n’était pas là. Chacun a ses objectifs sur le sel de Bonneville. Celui de Nick et de ses amis Californien est de battre leur record personnel, avec une validation officielle. Quant à Paul, acteur-réalisateur quand il ne court pas en championnat de France de course de côte, son ambition était de pouvoir s’aligner à la mythique épreuve célébrée dans le blockbuster Burt Munro, en la couplant avec un road-trip américain en cochant plusieurs « spots » de films mythiques. C’est ainsi qu’il a pu garer sa Kawasaki devant le Bagdad Café connu pour le film du même nom, traverser Flagstaff comme l’ont fait les héros d’Easy Rider, ou encore dormir dans le Motel de Moab où John Wayne avait ses habitudes lorsqu’il tournait ses westerns…

Une aventure que Paul racontera en détail dans Moto Revue qui suit son projet dès le départ, et qui avait dépêché son directeur de la rédaction, en road-trip estival également. Le camping-car familial de ce dernier a permis à Paul de ne plus cuire sous le soleil accablant de cet été caniculaire, mais il était impossible d’y loger la machine enfin validé par des commisaires techniques ultra-pointilleux, de sorte qu’on a dû de nouveau faire appel à Nick pour emmener la ZX-4RR pourvue d’un coupe-contact additionel jusqu’à la ligne de départ, puis pour la rechercher à l’arrivée…


Avec une halte dans la cabane de résultats, pour un score décevant de 116,923 mph en raison d’un vent contraire… La seconde tentative ne sera guère plus fructueuse, mais le but encore une fois n’était pas là, comme l’affichait la citation reprise à l’arrière du casque spécialement peint pour l’aventure, prononcée par Burt Munro : You live more in five minutes on a bike like this going flat out than some people live in a lifetime », (On vit plus en cinq minutes à fond au guidon d’une machine comme celle-ci que certains durant toute une vie. »)


Photos © Paul Lefevre, Marie Bastien, David Dumain.