Le pèlerinage de ce que l’Europe et même la planète compte de « Ducatisti » se déroule traditionnellement une année sur deux non loin du siège de la marque de Bologne, sur le circuit de Misano, rebaptisé Marco Simoncelli. Un lieu empreint de passion, fief de Valentino Rossi et de tant de pilotes italiens qui ont usé leurs cuirs depuis tout gamins sur les dizaines de circuits de karting partout disséminés autour de Rimini, Riccione, Cattolica et autres villes-terreaux des sports mécaniques. Mais pour la World Ducati Week de cette année organisée le week-end des 3, 4 et 5 juillet, la fête allait avoir une importance particulière, car il était question d’y célébrer le 100e anniversaire de Ducati !

En arrivant à l’aéroport de Bologne, dix minutes à peine suffisent pour rejoindre la « Via Cavalieri Ducati », où une fresque sur l’immense mur blanc de l’usine – qui débute en 1926 donc – donne une idée du lieu mythique où l’on se trouve. Sur la route qui mène au circuit, des panneaux de direction apparemment anodins indiquant des quartiers ou des directions ne le sont pas tant que ça pour les grands sensibles que sont les motards : Borgo Panigale, Imola,… Avec tout au long du trajet, comme une escorte de motos à majorité de couleur rouge qui prend la même direction… Pour la plupart, des Multistrada qui confirment l’ascendant que ce modèle a pris sur les emblématiques Monster, qui ont longtemps représenté le modèle le plus vendu de la marque italienne.

Le temps d’un long week-end, le circuit de Misano s’est donc paré de rouge, avec une arche d’entrée surmontée des lettres « WDW » (prononcez « widiwou » pour être dans le coup) avec l’année 2026, qui célèbre donc les 100 ans d’une marque qui ne fabriquait pas vraiment de motos en 1926, mais des postes de radio, Adriano Ducati surfant avec ses frères Bruno et Marcello sur la dynamique de l’invention du télégraphe par son célèbre compatriote Guglielmo Marconi. Qu’importe, la société Ducati est bien née un 4 juillet, et c’est 100 ans après, jour pour jour, que nous allions le célébrer en compagnie de 118 000 motards au sang plus rouge que les autres, venus de 94 pays. La fête promettait d’être d’autant plus belle que Ducati a fait les choses en grand, en convoquant pour l’occasion les pilotes qui ont marqué son histoire, en plus des stars actuelles du MotoGP. Aucun n’a manqué à l’appel, si ce n’est Valentino Rossi, qui a tout de même porté les couleurs de la marque (sans grand succès, certes) durant deux saisons au plus haut niveau de la compétition. Qu’importe, les pilotes de son équipe VR46 en MotoGP, italiens tous les deux, étaient bien présents. Mais en plus de Franco Morbidelli et de Fabio Di Giannantonio, c’est vers les deux pilotes officiels de la marque que tous les regards étaient portés.

La superstar Marc Marquez, champion du monde en titre sous les couleurs rouge après avoir conquis tous les autres sur Honda, était bien présent, ainsi que Pecco Bagnaia, adoré des fans et longtemps couvé par Ducati, qui allait pouvoir faire des adieux émouvants après avoir deux fois conquis lui aussi le titre suprême pour sa marque de cœur, avant de rejoindre la rivale italienne, Aprilia. Tous les autres pilotes portant haut les couleurs de la marque en vitesse, à commencer par le leader du mondial Superbike Nicolo Bulega, étaient bien sûr de la fête et allaient participer à la « Course des Champions », organisée dans le cadre du week-end au guidon de Panigale Tricolore de série personnalisées aux couleurs de chacun, d’ailleurs exposées en plein milieu du paddock.

Le circuit était bien sûr prévu pour accueillir d’autres épreuves, des coupes de marques regroupant des Panigale V2 et V4R, mais aussi et surtout des tours de parade, tant pour les nombreux Ducatisti ayant réservé leur baptême en ligne que pour les salariés Ducati participant autant à la fête que les autres. C’est ainsi qu’on a vu Maxime Loiseau, directeur de la filiale française, prendre la piste après avoir servi le barbecue aux clients sur la plage lors de la soirée de la veille, tout comme Claudio Domenicali lui-même, le grand patron arrivé chez Ducati en 1991. « Si on m’avait dit alors que je célébrerais un jour le centenaire de la société en tant que CEO et que cet anniversaire coïnciderait avec la World Ducati Week, je n’y aurais pas cru une seconde », livrait Domenicali, qui a essayé de se démultiplier tout au long du week-end, passant d’une animation à une conférence de presse, tout en veillant à être au plus près des pilotes de légende venus pour l’occasion, cumulant pas moins de 37 titres de champions du monde.

Carl Fogarty, Troy Bayliss, Casey Stoner, Loris Capirossi, Carlos Checa… Sans oublier Régis Laconi, qui s’il n’a pas été titré en 2004, n’en a pas moins signé un magnifique doublé cette même année sur ce même circuit de Misano au guidon de la 999 d’usine. Fidèle à son tempérament et à sa réputation, Régis a d’ailleurs bravé les consignes pour gratifier le public d’un long burn, imité le lendemain par Carlos Checa dans la pit lane alors que les légendes patientaient avant de retrouver le public pour une célébration mémorable, conclue par un feu d’artifice mémorable avec le logo Ducati posé dans le ciel et fixé à jamais dans le cœur des fans. Tous se sont dit époustouflés par le spectacle, qui valait bien le retard pris par la cérémonie, au cours de laquelle chaque pilote est arrivé au guidon d’une moto à ses couleurs, casqué mais parfois en short comme Bayliss ! Un vibrant hommage a été rendu à Bagnaia, qui a redonné un coup de fouet à un Marc Marquez un peu fatigué, lui aussi ovationné.

La course des Champions du lendemain a vu une victoire sans appel de Nicolo Bulega, la patron actuel du Superbike devant les jeunes espoirs Alberto Surra et Lorenzo Baldassari. Les stars du MotoGP ont eux aussi pris part à la course, mais sans prendre de risques démesurés, le mieux classé, Bagnaia, terminant au pied du podium. Si le spectacle en piste a attiré du monde dans les tribunes, c’est aussi dans le paddock, transformé en parc des expositions, que les Ducatisti ont pu vivre leur passion de différentes façons. Une exposition de motos directement sorties pour l’occasion du Musée Ducati retraçait la riche histoire de Ducati, du premier Cucciolo aux récentes machines de motocross illustrant la diversification récente de la marque.

Non loin de là, une autre exposition présentait 10 modèles célébrant le centenaire, constituant la Collezionne100 avec équipements et casques assortis. Un espace réservé aux clubs occupait une autre tente, où un atelier de personnalisation de casque était disponible, tout comme un coiffeur-barbier dans l’espace Scrambler… Aucun univers de la marque n’était oublié, ni l’espace tout-terrain, ni celui des vélos, où il était interdit de faire des photos, les dernières nouveautés étant soumises à un embargo fixé à début septembre. Différents concours étaient également organisés par les partenaires officiels de Ducati comme la marque de lunettes Carrera ou le fabricant de systèmes d’échappement Termignoni.

Nous avons cependant pu accéder à un autre espace privilégié, celui où étaient regroupées, sous des bâches que nous avons tôt fait de lever, les dernières réalisations de l’atelier Ducati Unica, qui propose à des clients suffisamment aisés pour se le permettre, de s’offrir les service du « Centro Style » de la marque pour personnaliser un modèle qui comme son nom l’indique sera véritablement unique, même sorti de l’usine. C’est ainsi que nous avons pu découvrir trois Panigale peintes selon les désirs de leur propriétaire, tantôt pour s’accorder à une Lamborghini, tantôt à une Ferrari également dans le garage de ces personnes, tantôt pour satisfaire les goûts célestes d’une riche motarde chinoise qu’on nous a dit ravie du résultat.

Cette initiative répond à une politique de Ducati visant à proposer à la partie « premium » de sa clientèle des produits eux aussi premium. C’est le cas de ces Ducati Unica, comme c’est le cas des Panigale Tricolore utilisées lors de Course des Champions, vendues ensuite aux enchères sous les couleurs des pilotes qui en ont pris le guidon. C’est ainsi que la moto de Marquez l’an dernier a été adjugée pour plus de 200 000 €, quand la moto de réserve, elle aussi frappée du célèbre numéro 93, a approché les 150 000 €. Autre initiative visant à proposer des prestations XXL pour les très bons clients, une séance de roulage était organisée au lendemain de l’événement avec 12 propriétaires de Superleggera (100 000 € lpour les premières versions, 150 000 € pour la Superleggera V4 Centenario), qui pour la modique somme de 40 000 € pouvaient avoir le privilège d’effectuer quatre tours du circuit de Misano au guidon de la Panigale de Superbike de Nicolo Bulega, puis avec la MotoGP de Marc Marquez (équipée de frein acier et de pneus adaptés).

De ces trois jours de fête, chaque fan reviendra plus « rouge » qu’avant, ne serait-ce qu’à cause du soleil qui n’a cessé de darder ses rayons sur le circuit et les routes alentours tout au long du week-end, où la parade du vendredi soir regroupant des milliers de motos s’est étendue sur plus de 18 kilomètres ! Inoubliable…
Screenshot