En venant remporter sa première victoire en MotoGP dans la cathédrale d’Assen, Ai Ogura a mis fin à 22 ans de disette pour le Japon en catégorie reine. Et à voir la manière, il faudra sans doute attendre beaucoup moins longtemps avant la prochaine…
La dernière fois qu’un Japonais a remporté une course en MotoGP, Ai Ogura avait 3 ans. Makoto Tamada passait alors la ligne du Grand Prix du Japon 2004 le premier. Un moment dont ne se souvient évidemment pas le pilote Trackhouse qui n’a cessé de monter en puissance pour sa seconde année sur l’Aprilia de l’équipe américaine jusqu’à décrocher en République tchèque son meilleur résultat avec la deuxième place en Sprint puis le dimanche. Encore second samedi à Assen, Ogura était cette fois décidé à profiter de son rythme désormais bien connu de ses adversaires en fin de course pour aller faire résonner le Kimi ga yo sur la plus haute marche du podium. « Après avoir terminé trois fois de suite à la deuxième place, j’ai l’impression de l’avoir enfin mérité. La course a été très difficile, mais le rythme était incroyable et les dépassements étaient réussis. Tamada-san, c’était il y a bien longtemps. J’espère que tous les fans japonais ont apprécié la course. » Aucun doute que le Japon, par ailleurs dominé par la concurrence au classement constructeur depuis plusieurs saisons, a apprécié.
Tout comme le principal intéressé, pourtant loin d’être le plus expansif du paddock, ni le plus bavard. « Il n’y a pas grand-chose à dire. J’étais tout simplement super heureux au moment de franchir la ligne d’arrivée. Pour moi, gagner à Assen rend ça encore plus spécial parce que c’est l’un de mes circuits préférés. » Un circuit de pilotage, qui rend sans doute la performance encore plus éloquente. En particulier face à son coéquipier Raul Fernandez, qui ne goutait tout de même pas son plaisir de monter sur la deuxième marche du podium une semaine après avoir été victime d’une appendicite. « Il y a une semaine, je pensais ne pas être en mesure de rouler à Brno et ici et dans ces deux courses, on a pris beaucoup de points, j’ai pris beaucoup d’expérience. Je suis très content de ce podium. » Une performance qui offre à son équipe son premier doublé (le premier d’une équipe indépendant depuis Honda Gresini en 2004 !) pour celui qui a bien failli ne pas avoir de guidon en 2027.
L’Espagnol a aussi profité d’une RS-GP au-dessus du lot en Hollande, tout comme son compatriote Jorge Martin qui profite de la grosse chute de Marco Bezzecchi pour monter sur la boite et prendre les commandes du championnat. « Il y a six mois, je ne savais pas si j’allais être capable de débuter la saison, remarque Martin. J’ai raté les premiers essais, et aujourd’hui, je suis en tête du championnat. C’est fou. » Un championnat qui n’a de cesse de se resserrer à l’approche du cap de la mi-saison et qui reste tout à fait en ligne de mire d’un Fabio di Giannantonio qui aura encore inscrit de gros points et se place même à la place honorifique de premier pilote Ducati à Assen. Le résultat d’une belle bataille avec Marc Marquez, qui s’attendait à un week-end difficile. « Je suis parti en course en sachant que ma place serait sixième, septième ou huitième. Et c’est vrai qu’en regardant la course, le maximum était la cinquième place, mais au final on termine septième. Et le point positif, c’est qu’on quitte les Pays-Bas sans blessure, c’était mon objectif principal. » Une blessure évitée de justesse par un Marco Bezzecchi dont la série noire se poursuit, mais pas par Pedro Acosta, l’autre grand perdant du week-end. Le pilote KTM a en effet dû abandonner et être opéré deux jours plus tard du canal carpien.
Sprint : quand le privé fait la nique à l’officiel
Il y a encore quelques années, la performance aurait été impensable. Imaginez les deux Yamaha du team Tech3 signer un doublé devant les deux M1 de l’équipe officielle ? Mais le MotoGP a depuis bien changé et Raul Fernandez et Ai Ogura ont démontré samedi à Assen combien Aprilia joue le jeu en fournissant à sa structure satellite une paire de RS-GP totalement identiques à celles de Marco Bezzecchi et Jorge Martin. Une arme dont Fernandez et Ogura auront pleinement su tirer parti à l’occasion du premier départ du week-end samedi en venant inscrire le premier doublé du team Trackhouse, après avoir manqué de peu la pole position quelques heures plus tôt. « Ce matin, j’étais en colère après ce qu’il s’est passé en qualifications, raconte Fernandez. J’ai utilisé cette mauvaise énergie, ou cette colère, pour tout assembler dans le sprint. Je suis très content parce que comme je l’ai dit le week-end dernier, on travaille très bien. » Et même un peu mieux en l’occurrence qu’un Ogura un peu trop lent à l’allumage. « J’ai perdu cette course dans les deux ou trois premiers tours. Deux pilotes m’ont doublé, j’ai essayé de récupérer ma place et une fois deuxième, j’ai commencé à revenir sur Raúl mais il fait un bon rythme et une avance suffisante pour rester premier. » Suffisant aussi pour résister à un Fabio di Giannantonio qui s’intercale au milieu des quatre Aprilia, loin devant les Ducati officielles…
Le classement complet
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