La start-up britannique Blacksheep Power vient de dévoiler la Blacksheep One, une moto électrique artisanale produite à 50 exemplaires seulement et affichée à partir de 29 900 £ hors taxes (environ 37 000 €). Un positionnement tarifaire qui la place d’emblée dans une catégorie très restreinte — et très risquée.
Visuellement, la machine tranche radicalement avec les codes habituels de l’électrique. Pas de carénage englobant, pas d’écran tactile géant : la Blacksheep One revendique une construction entièrement en aluminium fraisé par commande numérique (CNC), où chaque composant reste délibérément visible. Les canaux de refroidissement sont intégrés directement dans les éléments de cadre, et la marque parle d’un système de distribution de puissance dit « sans câbles apparents » (wire-free power delivery), où les chemins de signal et de refroidissement sont incorporés dans la structure même de la moto.
Le cœur du projet est son moteur à flux axial développé en interne, baptisé BilletFlux. Là où la quasi-totalité des motos électriques du marché recourent à des moteurs à flux radial — robustes mais peu spectaculaires —, la technologie à flux axial, plus compacte et à plus forte densité de couple, est habituellement réservée aux hypercars de Ferrari ou Lamborghini. Sur la Blacksheep One, ce moteur délivre 35 kW (47 ch) et un couple de 700 Nm à la roue. Les performances annoncées restent cependant modestes pour le prix : 130 km/h en pointe, 0 à 100 km/h en environ 4,5 secondes. La batterie de 6,2 kWh promet jusqu’à 160 km d’autonomie en ville, avec une recharge de 10 à 80 % en deux heures via le chargeur embarqué de 2 kW. La partie cycle fait appel à des suspensions Öhlins et des étriers Brembo avec disques de 320 mm à l’avant et 240 mm à l’arrière. Le poids annoncé est de 180 kg.
Côté personnalisation, Blacksheep Power propose un process d’achat en quatre étapes — réservation d’un slot de production (1 000 £), co-conception avec la marque, fabrication, puis livraison — permettant d’adapter coloris, finitions, sellerie, géométrie et même de faire réaliser un artwork unique sur le cache-batterie par un artiste. Chaque exemplaire est numéroté de 1 à 50.
Difficile toutefois de ne pas voir dans cette Blacksheep One le dernier épisode d’une série déjà longue. L’histoire de la moto électrique haut de gamme est en effet pavée de projets ambitieux qui n’ont jamais trouvé preneur en nombre suffisant. De Damon Motorcycles, récemment placé en liquidation après des années de promesses non tenues, aux multiples startups qui ont brûlé leurs capitaux sans jamais industrialiser leur production, le secteur a démontré à plusieurs reprises qu’une belle technologie et un prix stratosphérique ne suffisent pas à construire une entreprise viable. Cinquante unités, c’est certes peu — mais encore faut-il les vendre, les livrer et survivre assez longtemps pour honorer les commandes.
La Blacksheep One est indéniablement une réalisation technique soignée, et son moteur à flux axial maison constitue un vrai parti pris d’ingénierie. Reste à savoir si les rares acheteurs potentiels à ce niveau de prix préféreront parier sur une jeune pousse du Hertfordshire plutôt que sur une marque établie.



