Surveillance algorithmique depuis le ciel et accroissement de l’arsenal juridique sont au menu du rapport rédigé depuis le Palais du Luxembourg.
Que faire face aux rodéos urbains ? En général, la question revient sur le devant de la scène lorsque l’un d’entre eux fait une victime grave et/ou lorsque pointe à l’horizon une échéance électorale. À une petite année de la prochaine présidentielle est alors que les candidats de tout bords commencent à se dévoiler, c’est visiblement l’option numéro 2 qui coïncide avec la publication d’un tout récent rapport du Sénat. Un rapport qui prône un peu de pédagogie (intégration d’un module de sensibilisation aux dangers des rodéos dans les formations de sécurité routière suivies par les adolescents) et beaucoup de fermeté articulée autour d’un renforcement de l’arsenal juridique et technique.
Entre autres préconisations : une destruction accélérée des véhicules saisis, une extension de la peine d’emprisonnement encourue lors de pratiques en réunion (jusqu’à trois ans), le recours à une surveillance algorithmique par drones et une modification de la définition pénale du rodéo d’où serait supprimée la nécessité d’une mise en danger des autres usagers de la route. Des préconisations vraiment en prise avec le réel ? Si l’on garde en tête que la plupart des véhicules utilisés dans ces rodéos sont volés, qu’une bonne partie des auteurs est mineure, qu’une surveillance automatisée par des drones munis de caméras pose des questions relatives au respect des libertés publiques et qu’expurger de la notion de rodéo la mise en danger de la vie d’autrui revient à délictualiser tout comportement contraire aux règles de sécurité routière (par exemple, une roue arrière), il y a de quoi émettre un sérieux doute.
Mais bon, pas de quoi être surpris ni se faire des nœuds au cerveau. Que les sénateurs soient assez peu portés sur le stunt, on s’en doutait. Que ce rapport puisse déboucher sur quelque chose de tangible, c’est nettement moins sûr. Pour l’instant, il sert à étayer le projet de loi RIPOST porté par le ministre de l’Intérieur (projet fourre-tout qui vise aussi les rave party et l’usage du gaz hilarant). Et si par hasard ce projet débouche sur un vote, il devra ensuite être validé par le Conseil constitutionnel puis être suivi de décrets d’application, tout cela avant la prochaine présidentielle et alors que l’Assemblée nationale sera occupée à voter un budget tout en évitant l’implosion. Autant dire que les amateurs de rodéos vont encore pouvoir reposer pas mal de roues arrière avant que « l’arsenal » du Sénat vienne véritablement les contrarier.