Le quotidien Le Monde a publié un article à charge contre le constructeur autrichien KTM sous couvert d’une enquête réalisée par plusieurs médias en Europe faisant suite à l’alerte d’un ex employé… Mais le média généraliste a commis des rapprochements erronés. Ne s’est il pas trompé de cible avec, à la clé, un article bien racoleur au regard de l’impact réel de la pollution produite par la moto de tout terrain en général.
Cet article n’est pas un plaidoyer pour le constructeur KTM, mais davantage une explication du contexte général du monde de l’enduro et évidemment une riposte à un article qui semble dénoncer un scandale d’une ampleur majeure, sorte de nouveau Diesel Gate.
Il y a trois jours, le quotidien Le Monde déployait une flopée d’articles à charge contre KTM : « les motos secrètement débridées de KTM, aux niveaux explosifs de pollution », ou bien « Affaire KTM : comment des motos surpolluantes ont elles pu passer les filtres ? » ou encore « Affaire KTM : Tom lanceur d’alerte climatique ». Des titres accrocheurs, accompagnés de vignettes réalisées sous IA pour ficeler des « papiers » tranchants au ton pour le moins sensationnel.
A la lecture, comme pour la vidéo publiée sur le canal Youtube du Monde, on y apprend que le constructeur autrichien serait leader de l’industrie moto en Europe. De l’industrie du tout terrain, oui, certes, de la moto dans son intégralité, non. Les leaders japonais sont devant. On y apprend aussi que le constructeur européen maquillerait techniquement ses motos pour qu’elles répondent aux normes anti pollution tout en étant débridables par la suite. Certes, nous ne sommes pas allés mesurer les motos KTM en sortie de chaine pour constater qu’elles répondent toutes à Euro5+, mais un constructeur de motos se risquerait il à tricher au lendemain du diesel-gate qu’a connu l’industrie auto allemande ? A ce sujet, Le Monde appuie son discours sur des images de l’intégralité de la gamme KTM, dont les motos de route actuelles, alors qu’il est surtout question des motos de tout terrain et surtout de la partie enduro homologuée. Les motos de route, Duke 990, 390 Adventure, 1390 Super Adventure, sont – sauf surprise – parfaitement conformes à Euro5+ à la construction. Un constructeur tel que KTM ne commettrait, très certainement, aucun écart à ce niveau. Les amendes infligées aux contrevenants (industriels, motoristes) sont en effet très lourdes et le constructeur autrichien n’est pas du tout en mesure de tenter cela.
Il y a donc là un amalgame malheureux de la part du Monde qui n’est évidemment pas un spécialiste des gammes motos. Alors, certes, ne nous portons pas non plus comme des lobbyistes du monde de la moto, coûte que coûte… la suite du reportage du Monde montre une action de terrain en caméra cachée qui enregistre les propos de revendeurs KTM au salon de la moto de Bruxelles et les questions portent sur le débridage post achat des motos de tout terrain. Le secret de polichinelle tombe alors sur le débridage des motos d’enduro. Celui là même qui rend les motos de ce type plus agréables à utiliser. Ne nous voilons pas la face, cette pratique a toujours existé, depuis longtemps sans qu’elle ai pu être mesurée. Mais attention tout de même au contexte d’utilisation de ces motos et de la pratique en général de l’enduro loisir ou compétition.
Les KTM d’enduro, utilisées en compétitions régionales ou nationales, ne sont pas soumises au Contrôle Technique moto car utilisées dans un cadre strict par des compétiteurs licenciés FFM. Ces motos ne répondent pas aux mêmes normes que les motos de route (norme Euro5+) et ne peuvent être attaquées sur leurs émissions polluantes.
Combien de kilomètres les motos d’enduro roulent elles réellement par an ? C’est très difficile de le savoir, mais nous avons une cartographie plus quantifiable avec les épreuves régionales. En effet, les motos d’enduro sont utilisées soit en enduro loisir, par quelques centaines de pratiquants au sein des régions où l’on pratique encore l’enduro. Ces derniers, souvent pourvus d’une licence de la Fédération Française de Motocyclisme, rouleraient moins de 5 jours par mois et moins de 400 km par mois (sans compter l’hivernage de trois mois environ).
En parallèle, les championnats d’enduro (ligue ou championnat de France) accueillent quelques dizaines ou centaines de pratiquants (tous licenciés) sur quelques week-end par an. Ces pratiquants utilisent tous une camionnette (le monde de l’enduro regorge d’artisans, d’auto entrepreneurs, etc) ou une remorque pour transporter leurs motos. Ces dernières ne sont d’ailleurs pas soumises au contrôle technique comme le veut la règlementation actuelle car elles sont utilisées par des pilotes sous licence FFM et dans un cadre sportif, quand bien même quelques kilomètres sont effectués sur route pour des liaisons entre les spéciales – c’est dans les textes – Par conséquent, elles ne sont pas soumises aux normes en vigueur (Euro5+) mais cela en toute légalité. Inévitablement, elles polluent, comme pour toute pratique motorisée, mais un week-end d’enduro de ligue, c’est quelques centaines de kilomètres et environ 5h30 de moto par jour. Est ce réellement une pollution d’ampleur massive comme le dénonce Le Monde ? N’y a t il pas d’autres combats à mener ? Face à la pollution des avions de ligne, du fret maritime qui constitue une pollution de premier ordre ? Pour rappel, un avion comme un A320 sur un vol moyen courrier (Europe) consomme environ 2 tonnes de kérosène à l’heure, soit environ 2400 litres de carburant (un litre de kérosène libère environ 3 kg de CO2) ce qui nous amène à 7 200 kg de CO2 libéré pour un Paris Barcelone par exemple… Il en faut quelques unes de motos d’enduro pour rivaliser avec un week-end à pas cher grâce aux vols low cost.
Avec cet article, les enduristes sont tous des pollueurs en puissance…
Il ne fait aucun doute que cet article à charge va faire du tort au monde de l’enduro, aux enduristes qui vont pâtir d’une image de pollueur aux yeux du grand public. Et cela, pas uniquement s’ils utilisent une KTM, car le rapprochement avec l’intégralité de la filière sera évident. La niche que représente ce sport mécanique loisir n’avait sans doute pas besoin de cela, surtout sans aucune modération vis à vis de ce qu’est réellement un scandale environnemental majeur comme le dénonce Le Monde qui croit sans doute avoir trouvé son nouveau Diesel Gate que tous les médias vont reprendre. Quel sera le prochain article ? Le prochain combat du Monde ? Les rassemblements de voitures anciennes sont dangereuses pour la santé car les voitures fument au démarrage ? Les compétitions de pétanque favorisent le cholestérol car on y mange trop de saucissons ?
