Johann Zarco avait déjà fait lever les foules l’an passé pour sa fantastique victoire sur le circuit Bugatti du Mans, mais le pilote Castrol Honda LCR fait de nouveau vibrer les fans français en signant le meilleur temps de la séance du vendredi après midi. Un chrono de 1’29’907, soit le meilleur temps du week-end ! Fabio Di Giannantonio (Ducati VR 46) et Francesco Bagnaia (Ducati Lenovo Team) se placent respectivement en seconde et troisième position.
Le Michelin Grand Prix de France sur le circuit Bugatti du Mans constitue toujours un temps fort de la saison MotoGP. Déjà parce qu’il s’agit de l’épreuve la plus populaire du championnat et les fans français s’y pressent en masse et pour cause, la catégorie reine recense deux pilotes de grand talent avec Fabio Quartararo, toujours en délicatesse avec sa Yamaha et Johann Zarco qui a écrit une page de l’histoire du sport motocycliste en décrochant la victoire l’an passé.
Ce vendredi, Johann Zarco a pris son temps de bien préparer sa séance pour se hisser au plus haut niveau. La piste Mancelle n’a aucun secret pour le pilote Honda qui sait parfaitement emmener sa RCV dans ses ultimes retranchements… Mais comme tous les autres pilotes ou presque. Le meilleur temps, comme toujours, est âprement disputé.
La séance du vendredi est toujours cruciale pour aller directement s’assurer une place en Q2 et passer par le répêchage de la Q1 relève de la hantise de tous les pilotes. Johann Zarco a particulièrement bien mené son affaire en prenant la piste au bon moment, évitant ainsi le trafic pour exploiter au maximum les performances de sa Honda et ses pneus. Avec un chrono de 1’29,907 il réalise le meilleur temps du jour, au nez et à la barbe des pilotes Ducati Fabio Di Giannantonio (Ducati VR46), lui aussi sous les 1’30 avec 1’29,917… et celui qu’on attendait pas vraiment Francesco Bagnaia en 1’30,045. Sa chute en fin de séance et le drapeau jaune qui en a résulté a dilapider les espoirs des frères Marquez tandis que les pilotes Aprilia suivent au sixième et septième rang, mais ils seront forts demain…
Johann Zarco a répondu au micro d’Alexis Delisse et de Michel Turco, juste après sa formidable performance, à chaud :
Johann, petite surprise quand même de faire ce chrono ?
Johann Zarco : « un peu, surtout que ce matin, je ne m’attendais pas à si bien commencer. Quand j’ai commencé mes sessions, ça allait. J’étais toujours dans les dix premiers, c’était déjà positif. Mais ensuite, en fin de session, j’ai eu une bonne amélioration. J’ai été surpris parce que je ne m’attendais pas à faire si bien. Et ensuite, sur l’après midi, là où ça a été peut-être le plus difficile, c’est avec le pneu soft qui avait un peu plus de 10 tours. Là, je me suis dit qu’on n’est pas encore tip top. Du coup, on est resté zen et on a attendu pour mettre les pneus neufs et faire ce time attack. Et là, par contre, ça a plutôt bien répondu. Même sur le premier chrono, 30.1, j’ai vu que les autres pilotes n’arrivaient pas à suivre. Je me suis alors dit que c’était quasi assuré de faire le meilleur temps. Le vendredi, on a toujours des surprises parce que finalement, je crois que le dixième pilote qualifié est en 30.1. Donc, ça n’aurait certainement pas suffi d’être en 1’30, mais j’ai eu suffisamment de feeling et de marge pour pousser un peu plus et aller en dessous de 30. Donc, je suis vraiment content. La moto marche mieux. Si on regarde les temps, toutes les Honda sont bien plus compétitives. Je suis content de profiter du circuit du Mans comme il se doit parce que c’est une piste en fait où si tu enchaînes les tours, tu peux trouver ton feeling et t’améliorer tour en tour. J’avais découvert ça sur la Yamaha il y a presque 10 ans et je n’avais plus réussi à l’avoir. Aujourd’hui, je l’ai eu de nouveau. Et ça, ça me fait énormément de bien parce que ça permet de moins se stresser. On n’a plus besoin de se dire qu’il faut faire le chrono dès le premier tour, sinon c’est foutu. Avec ses nouvelles sensations, si je n’ai pas fait mon temps au premier tour, c’est pas grave, je le ferai au deuxième et peut-être au troisième. C’est très bénéfique et ça, ça donne beaucoup de confiance. »
Par rapport à ce que tu imaginais en arrivant ici hier, revois tu tes ambitions à la hausse ou tu te dis qu’il faut garder les pieds sur terre et ne pas trop rêver non plus ?
« Non, je vois vraiment que cela se joue à pas beaucoup de choses, vraiment très peu de choses. Donc, j’essaie d’être sur la première ligne demain. Je vois qu’il y a une possibilité de l’être, en tout cas avec ce qu’on a fait aujourd’hui. Ça donne envie d’y croire pour demain. La première ligne pour les courses du samedi et du dimanche, ça fait une telle différence. Donc, c’est ça que j’aimerais bien aller chercher, quelles que soient les conditions. Mais non, franchement, je suis juste très content d’avoir eu de la vitesse sur le sec parce que je sais que je peux être rapide, mais pas aussi rapide en temps normal dans les bonnes conditions. Donc là, je ne revois pas les objectifs à la hausse. Vraiment, je me lève demain et on verra bien. On sait qu’il peut faire beau encore demain, peut-être pas dimanche, la météo sera importante. Vu la chaleur, ça va peut-être tourner à l’orage. Je ne sais pas, on va voir. Ce qui est bien ici, tu te dis que tu es porté par la foule quand tu es sur la moto ».
Tu peux décrire un petit peu ce que tu ressens de différent sur la moto quand tu es ici au Mans ?
« Je ne sens rien de différent. Je me dis que ça se passe tellement bien qu’il doit certainement y avoir une autre énergie. Donc non, je ne sens rien, pour être honnête. Quand c’est terminé et que tu regardes les tribunes qui sont déjà pleines et tout le monde qui se lève, ça fait tellement chaud au cœur, c’est énorme. Mais je me dis qu’il y a un truc qui doit me soutenir, c’est obligé ».
Tu ne t’es jamais senti aussi bien sur la moto depuis le début de la saison ?
« Oui, vraiment. Mais le chrono que j’ai fait à Austin, vraiment après la chute, comme je l’ai dit, tu ne fais pas ça si ta moto est mauvaise. Donc ça m’a fait cogiter trois semaines. Mais depuis, quand même le niveau s’est bien relevé. Et ça, j’en suis très content. Mais là, comme je le dis, ressentir des choses que j’ai senties il y a neuf ans de ça, ça m’offre un regain de jeunesse« .
On sait que ce sont les deux dernières parties de la course qui sont un peu plus compliquées, par rapport à ce que tu as pu voir jusqu’alors, sens tu qu’il y a du progrès là-dessus aussi ?
« C’est pour ça qu’il faut partir devant, pour vraiment comprendre si on peut lutter au fur et à mesure des tours et sur la fin de course. Ici, ce n’est pas une piste où on bouffe beaucoup de pneus, mais quand même, en pneus usés, tout à l’heure, à la moitié de ma practice, derrière Bezzecchi, j’étais pas à l’aise. Et je sentais qu’il avait un avantage. Donc c’est là où on va voir demain. Je pense que je n’ai pas l’avantage que j’ai eu quand j’ai ensuite mis le pneu neuf. »
Hier, pendant la Marseillaise, tes yeux étaient comment derrière les lunettes noires ?
« Ils étaient secs, mais c’est la gorge qui se serre surtout. Mais non, c’est beau, c’est très très beau. Mais même là, en rentrant, toute l’équipe dans le box, ils étaient comme des fous, tout le monde, c’est incroyable. Non, c’est trop beau. Je profite de ces moments, parce que c’est vraiment énorme ».