Un brevet déposé par Toyota auprès de l’OMPI attire l’attention : le constructeur automobile le plus vendu au monde y décrit un système de recharge en hydrogène destiné à… un scooter.
Un système de cartouches interchangeables
Le brevet ne porte pas sur le véhicule lui-même, mais sur une solution innovante permettant de remplacer facilement la cartouche d’hydrogène du scooter sans manipuler du gaz sous haute pression. Problème classique des deux-roues à hydrogène : le réservoir est idéalement positionné bas dans le cadre pour optimiser le centre de gravité, ce qui le rend difficile d’accès. Toyota propose deux solutions : un berceau pivotant à l’avant permettant à la cartouche de basculer latéralement, et une variante sur bras à ciseaux maintenant la cartouche parallèle à la moto tout en la déportant sur le côté. Dans les deux cas, la recharge devient aussi simple que de permuter une batterie.
Le scooter représenté dans les dessins du brevet n’est pas anodin : il s’agit du Suzuki Burgman à pile à combustible, dans une version présentée dès le Salon de Tokyo 2011. Ce n’est pas un hasard. Toyota et Suzuki partagent depuis longtemps un intérêt commun pour l’hydrogène, et le brevet précise que le système est conçu pour une pile à combustible — technologie qui produit de l’électricité par réaction chimique entre l’hydrogène et l’oxygène, avec pour seul rejet de la vapeur d’eau, et sans les oxydes d’azote inhérents à la combustion hydrogène classique.
Toyota déjà acteur clé de l’hydrogène moto
Ce brevet ne sort pas de nulle part. Toyota est déjà membre fondateur du consortium HySE (Hydrogen Small mobility & Engine technology), aux côtés des quatre grands constructeurs moto japonais, Honda, Kawasaki, Yamaha et Suzuki. Dans ce cadre, Toyota joue un rôle de soutien technique, apportant son savoir-faire sur les moteurs à hydrogène à grande échelle développés pour ses véhicules quatre roues, afin d’accélérer la recherche appliquée aux petits engins de mobilité. Le consortium ne se contente pas de réunions de laboratoire : pour la deuxième année consécutive, HySE a engagé un buggy à moteur hydrogène au Dakar Rally, dans la catégorie spéciale Mission 1000 réservée aux groupes motopropulseurs alternatifs — et a terminé deuxième de sa classe en 2025.
Un secteur encore balbutiant
Le brevet Toyota intervient dans un contexte où la moto à hydrogène n’en est qu’à ses tout premiers pas. Du côté de la combustion hydrogène, Kawasaki a présenté fin 2023 la Ninja H2 HySE, prototype directement dérivé de la Ninja H2 SX et développé au sein du consortium, avec une commercialisation envisagée aux alentours de 2030. Suzuki, de son côté, avait présenté en 2023 un concept de scooter à hydrogène plus accessible, tandis que le Burgman à pile à combustible fait lui l’objet de programmes d’expérimentation depuis le milieu des années 2000.
Mais tous ces projets se heurtent à la même réalité : l’infrastructure de distribution d’hydrogène est quasi inexistante pour les particuliers, et le coût de production reste prohibitif. C’est précisément ce que le système de cartouches interchangeables breveté par Toyota cherche à contourner : en standardisant et simplifiant le ravitaillement, il pourrait rendre la technologie praticable sans réseau de stations spécialisées.
Toyota constructeur de scooters ? Pas encore. Mais que le numéro un mondial de l’automobile commence à breveter des solutions techniques spécifiques au deux-roues à hydrogène, en s’appuyant sur deux décennies d’expérience avec sa pile à combustible Mirai, constitue un signal fort. Si la « société hydrogène » que Toyota appelle de ses vœux doit un jour voir le jour, il faudra bien qu’elle fonctionne aussi à deux roues.


