Itw Jeffrey Herlings : « L’argent n’est plus ma motivation première… » ABONNÉ

Passé cet hiver chez Honda après dix-sept saisons chez KTM, Jeffrey Herlings s’est lancé en 2026 dans le dernier défi de sa riche carrière. Détenteur de plusieurs records, que l’on parle de succès en GP mais aussi de blessures, le Néerlandais part à la conquête d’un septième titre mondial. A 31 ans, le dernier chapitre et une nouvelle motivation…

ITW réalisée avant le premier GP en Argentine

 

Tu n’as pu monter sur la Honda que début janvier mais tu as passé du temps sur cette moto à l’entraînement ?

« Oui, quand même et on a eu pas mal de journées de testing. En gros, quand il n’y avait pas les tests, je roulais deux jours, une journée off, deux jours de roulage, une journée off et ainsi de suite. J’ai roulé beaucoup en Espagne où les conditions météo étaient meilleures, sans être exceptionnelles ».

 

Comment s’est passé le testing ? On a vu sur les vidéos du team qu’il y avait vraiment beaucoup de Japonais présents ?

« Oui il y avait du monde, surtout lors de la première série de tests. Quand j’ai commencé à rouler sur la Honda, j’avais une moto de série avec un moteur d’origine et des suspensions préparées, puis le 5-6 janvier je suis monté pour la première fois sur le proto HRC. C’est le modèle 2027. Ruben avait fait quelques courses en fin de saison avec. Pour en revenir aux tests, oui il y avait beaucoup de Japonais, on était plus d’une vingtaine pour l’occasion ».

Tu avais la pression avec autant d’ingénieurs et de techniciens autour de toi ?

« Oui, bien sûr ! Quand on faisait des tests chez KTM, il y avait quatre ou cinq techniciens avec moi, tu imagines la différence ? Pour moi, c’était assez spécial puisque je n’avais jamais travaillé avec d’autres personnes que KTM depuis que je suis passé professionnel. Le HRC a la réputation d’être très professionnel, et voir plus de vingt techniciens autour de toi… Il y en avait pour toutes les parties de la moto, sans compter les membres du team Gariboldi qui exploitent les motos sur les courses ».

 

Comme tu l’as dit, tu es resté dix-sept ans avec le même constructeur et plus ou moins les mêmes personnes. Cela n’a pas été difficile de s’adapter à une nouvelle moto, de nouvelles personnes ?

« Chez KTM, on avait un camion, un mécano par pilote, et on mangeait à l’hospitality Red Bull. Quand je suis arrivé à Mantova pour la première course, il y avait une centaine de personnes dans la structure Honda, avec beaucoup de Japonais puisque la semaine précédente nous avions la seconde série de tests en Espagne. On est moins nombreux sur les GP, mais voir toutes ces structures vitrées, celles pour les mécanos, l’hospitality, la structure VIP, il faut s’y habituer ! J’avais beau être dans l’un des meilleurs teams chez KTM, cela change…. Bon comme je le disais, j’ai encore à apprendre, à connaître le staff, à savoir qui fait quoi sur les courses… »

 

Tu n’as pas été autorisé à tester la Honda avant le 1er janvier. Tu as bien dormi fin décembre, à l’approche de l’échéance ?

« A un moment donné, tu commences à en avoir marre. J’avais bien vu de près les motos de Gajser et Fernandez mais là, c’est une toute nouvelle moto que l’on a et quand je l’ai vu de près pour la première fois à Lommel, je me suis dit « ouah ! ». Alors bien sûr, tu es impatient de monter dessus, même si tu sais qu’un constructeur comme Honda a une énorme expérience de la compétition. Cela a toujours été un rêve pour moi de signer chez Honda. Je savais que si je quittais KTM, c’est là que j’irais. Cela a failli se faire en 2016, j’ai été très proche de signer avec eux et quand l’occasion s’est représentée l’été dernier, je savais que c’était ma dernière chance de signer pour eux. Toutes les cartes étaient sur la table, je pouvais aller chez Yamaha, chez Ducati, je pouvais rester chez KTM mais c’est le choix du cœur que j’ai fait en signant avec le HRC. A ce jour, je suis sûr que c’était la bonne décision ».

 

Tu aimes tester, développer une nouvelle moto ?

« Oui. Chez Honda ils ont une énorme expérience, et la moto est bien aboutie. Il y a bien sûr des petites évolutions à faire mais rien qu’au niveau du moteur, la différence avec l’ancienne moto est énorme ! La moto est hyper agréable. Il y a le moteur bien sûr, on dirait un moteur de 250 beaucoup plus puissant, mais aussi la partie cycle, tellement facile pour virer. Bon, ce n’est que mon ressenti personnel mais la moto me plait et possède un potentiel énorme ».

 

KTM avait mis un véto pour t’empêcher de monter sur la Honda avant le 1er janvier, comme l’avait d’ailleurs fait Honda en empêchant Gajser de tester la Yamaha avant le début de l’année. Tu as été surpris par ces positions ?

« Je ne connais pas le détail des négociations entre constructeurs, mais c’est vrai que KTM n’a pas voulu me libérer plus tôt. Je n’ai donc jamais pu tester la Honda avant le 1er Janvier. j’ai du être patient en octobre, novembre, décembre… Quand j’étais chez KTM, je passais un mois à m’entrainer en Espagne avec ma moto de la saison suivante. Là, ils m’ont repris les motos d’usine et m’ont juste laissé une moto de série. Ils m’ont tout retiré, y compris mon van. Une fois en Espagne, je suis allé chez un concessionnaire KTM pour m’acheter une seconde moto afin de pouvoir m’entrainer dans des conditions décentes, et me préparer au mieux avant de pouvoir monter sur la Honda… »

Comment cela s’est terminé avec KTM ?

« Dans mon contrat, il n’était pas spécifié ce qu’ils devaient me laisser comme matériel, et quel matériel pour m’entrainer l’hiver. Ils ont donc fait le strict minimum tout en respectant ce qui était écrit dans ce contrat. Mais bon, quand tu as roulé pendant dix-sept ans pour un constructeur, que tu as gagné autant de GP et de titres avec eux… Pas top… Pas la façon dont j’aurais aimé que cela se termine avec eux mais en fin d’année, Pit (Beirer) m’a appelé et on s’est quitté en bons termes. Bon, si je me place en businessman, je peux comprendre leur attitude, ils n’avaient pas envie que je prépare ma saison 2026 dans les meilleures conditions ».

 

Jusqu’ici tu avais fait toute ta carrière chez KTM, et peu de monde te voyait finir ta carrière avec un autre constructeur. Tu as surpris en signant Honda !

« J’ai senti que je n’avais plus la même considération de la part de KTM. Je vieillis, et j’ai senti qu’ils avaient plus d’intérêt pour les jeunes, que ce soit les frères Coenen ou De Wolf, sans oublier la crise financière qu’a traversé KTM l’an passé. Ce n’est pas un secret, ils ont dû réduire les budgets et ces deux dernières années, on a moins testé, on avait moins de moyens. L’offre de Honda était la meilleure. J’en rêvais, on connaît leurs moyens, et je suis parti de chez KTM aussi en raison de l’attitude de certains responsables ».

 

Giacomo Gariboldi a l’air excité de ton arrivée chez Honda quand on voit tous ses post sur les réseaux sociaux !

« Oui je le sens, et je dois dire que c’est vraiment une bonne personne. Je n’ai pas de contrat avec lui, mon contrat est avec le HRC. Giacomo est le propriétaire du team. Il travaille pour Honda depuis longtemps et humainement, il est top. C’est facile de le joindre. Je crois qu’en l’espace de deux mois, j’ai plus parlé avec lui que je n’ai parlé avec Pit (Beirer) en l’espace de dix-sept ans ! »

 

Tu as aujourd’hui 31 ans, tu cours depuis 20 ans avec au minimum 30 courses par an quand tu ne te blesses pas. Tu te vois rouler encore longtemps ?

« Honnêtement je me sens bien, j’ai passé un bon hiver et même si j’ai eu pas mal de blessures dans ma carrière, le physique est ok. J’ai signé pour deux saisons avec le HRC, avec une option pour 2028, je vais donc essayer donner le meilleur pendant les deux prochaines saisons et on verra ensuite année par année. Tant que je suis compétitif et que je prends du plaisir, je vais continuer mais si c’est pour me battre pour une dixième place, non ! »

 

L’an passé, Romain (Febvre) et Glenn (Coldenhoff) ont fait une super saison alors qu’ils sont parmi les pilotes les plus âgés du plateau. Comment expliques-tu cela ?

« Romain a aujourd’hui 34 ans. Aux US, Eli Tomac en a 33, les carrières durent maintenant plus longtemps. Carmichael avait pris sa retraite a 27 ans, pareil pour Villopoto ou Dungey. Les carrières durent plus longtemps. Tant qu’on prend du plaisir et qu’on est compétitif, pourquoi arrêter ? Je pourrais prendre ma retraite, j’ai bien gagné ma vie, j’ai gagné le plus de manches de GP, le plus de GP, six titres mondiaux, mais je prends toujours du plaisir à faire ce que je fais. L’argent n’est plus ma motivation première, je fais cela parce que la passion est toujours là ! »

Cette saison MXGP s’annonce excitante, entre les changements d’équipes de Tim et toi, ainsi que l’arrivée de jeunes comme Adamo, De Wolf, Benistant. On est tous excités, et toi ?

« Oui, je pressé de voir ce que je peux faire avec cette nouvelle moto, même s’il me faudra sans doute quelques courses pour être à 100% avec la moto. On a beau coup testé mais rien ne remplace la course. Il y a des jeunes qui montent, il y en a quelques-uns comme Coldenhoff ou Bogers qui ne sont plus là, mais je crois qu’on a une des plus belles affiches de ces dernières années et les fans devraient se régaler ! »

 

Si tu devais donner un conseil aux jeunes qui viennent du MX2, que leur dirais-tu ?

« Soyez consistant ! En MX2, il n’y a qu’une équipe d’usine, KTM, plus une Kawasaki, deux Triumph et deux Yamaha. En MXGP, il y a tant de vainqueurs de GP, tant de champions du monde, tant de pilotes d’usine ! Prenez cette saison comme une année d’apprentissage, et soyez réguliers ! »

 

Que feras tu quand tu raccrocheras ton casque ? Je ne t’imagine pas rester dans un canapé ! Te verra-t-on sur un Dakar, des courses sur plage, en automobile ?

« Je n’ai pas de projet de Dakar ou de Touquet. Quand j’arrêterais, je ne sais pas vraiment ce que je ferais. Je m’impliquerais peut-être dans un team. J’aime bien ce que fait Giacomo mais je pourrais aussi rester aux Pays Bas pour gérer mes affaires. Je veux aussi profiter de la vie et voyager même si depuis que j’ai 14 ans, je bouge beaucoup. On voyage avec les courses mais sans vraiment en profiter car on est focus sur l’entrainement et les courses ».

 

Si tu regardes derrière toi, quel est ton meilleur souvenir à ce jour ?

« Les titres en MXGP, et le premier titre en MX2 ».

 

Et le plus mauvais ?

« Toutes ces blessures bien sûr ! »

 

Que peut-on te souhaiter pour 2026 ?

« Rester en forme, faire de mon mieux. Gagner un championnat serait top, mais un top trois m’irait aussi. Ne pas se blesser, faire une belle saison, voici que j’espère en 2026 ».

 

Un festival de blessures

  • 2010 : épaule déboîtée
  • 2012 : accident circulation en Russie (traumatisme crânien)
  • 2013 : fracture de l’omoplate
  • 2014 : fracture tibia, puis épaule abîmée, puis fracture du fémur
  • 2015 : petit doigt de la main déboîté, puis clavicule fracturée, puis hanche déboîtée
  • 2016 : fracture de la clavicule
  • 2017 : fracture de la main droite durant l’hiver
  • 2018 : fracture clavicule droite
  • 2019 : fractures cheville/pieddurant l’hiver
  • 2020 : fracture des cervicales C1, C6 et T3
  • 2021 : fracture omoplate
  • 2022 : fracture complexe talondu pied
  • 2023 : fractures vertèbres C5, puis fracture de la clavicule
  • 2024 : rupture des ligaments croisés en Octobre
  • 2025 : fracture de la clavicule

Herlings digest

Né le 12 septembre 1994 (31 ans)

Pilote officiel Honda HRC

AU 1/01/2026 :    Vainqueur de 112 GP (61 en MX2 et 51 en MXGP)

                  Vainqueur de 215 manches de GP (119 en MX2 et 96 en MXGP)

                  Six titres mondiaux (1 en 85, 3 en MX2, 2 en MXGP)

 

2025    5ème du Mondial MXGP (KTM)

      Vainqueur de 5 GP sur les 15 disputés (rate cinq GP)

      Vainqueur de 8 manches sur les 30 disputées

2024    3ème du Mondial MXGP (KTM)

      Vainqueur de 4 GP sur les 20 du championnat

      Vainqueur de 12 manches sur les 40 disputées

2023    8ème du Mondial MXGP (KTM)

      Vainqueur de 4 GP sur les 11 disputés (rate huit GP)

      Vainqueur de 6 manches sur les 22 disputées

2022    Blessé, ne dispute aucun GP (KTM)

2021    Champion du Monde MXGP (KTM)

      Vainqueur de 9 GP sur les 17 disputés (rate un GP)

      Vainqueur de 15 manches sur les 34 disputées

2020    11ème du Mondial MXGP (KTM)

      Vainqueur de 4 GP sur les 6 disputés (rate douze GP)

      Vainqueur de 5 manches sur les 12 disputées

2019    19ème du Mondial MXGP (KTM)

      Vainqueur de 2 GP sur les 5 disputés (rate treize GP)

      Vainqueur de 4 manches sur les 10 disputées

      Vainqueur du MX des Nations avec l’équipe des Pays Bas

2018    Champion du Monde MXGP (KTM)

      Vainqueur de 17 GP sur les 19 disputés (rate un GP)

      Vainqueur de 33 manches sur les 38 disputées

2017    2ème du Mondial MXGP (KTM)

      Vainqueur de 6 GP sur les 19 du championnat

      Vainqueur de 12 manches sur les 38 disputées

2016    Champion du Monde MX2 (KTM)

      Vainqueur de 14 GP sur les 15 disputés (rate trois GP)

      Vainqueur de 27 manches sur les 30 disputées

      2nd au MX des Nations (2/1 vainqueur en Open)

2015    7ème du Mondial MX2 (KTM)

Vainqueur de 4 GP sur les 11 disputés (rate trois GP)

      Vainqueur de 14 manches sur les 22 disputées

2014    2ème du Mondial MX2 (KTM)

Vainqueur de 7 GP sur les 13 disputés (rate quatre GP)

      Vainqueur de 22 manches sur les 26 disputées

2013    Champion du Monde MX2 (KTM)

Vainqueur des 15 GP auquel il a pris part (rate 2 GP)

      Vainqueur de 28 manches sur les 30 disputées

2012    Champion du Monde MX2 (KTM)

      Vainqueur de 9 GP sur les 16 du championnat

      Vainqueur de 18 manches sur 32

2011    2ème du Mondial MX2 (KTM)

      Vainqueur de 5 GP sur les 15 du championnat

      Vainqueur de 6 manches sur 30

2010    6ème du Mondial MX2 (KTM)

      Vainqueur de 2 GP sur les 15 du championnat

      Vainqueur de 4 manches sur 30

2009    2ème de l’Europe MX2 (KTM)

2008    Champion du Monde et Champion Europe 85 (Suzuki)

2007    4ème de l’Europe 85 (Suzuki)

2006    12ème de l’Europe 85


Analyse


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