Quintuple champion du monde d’Enduro après une belle carrière en Mondial de cross, brillant sur le Dakar où il s’est battu pour la victoire face à Tobby Price puis au Touquet où il a un temps joué les premiers rôles, Antoine Méo donne désormais un sacré élan au projet Ducati en tout-terrain. Engagé pour développer et faire naitre la nouvelle Desmo 450, le Français a vu ses prérogatives évoluer au fil du temps jusqu’à la « Master Class » du Touquet 2026 où il est remonté de la dernière à la 21ème place. Sacré booster le Tonio !
Tous les fans de TT connaissent Antoine Méo, 41 ans depuis le 29 août dernier. Ancien pilote officiel Kawasaki De Groot en Mondial de cross, sur le podium du MXDN 2004 à Lierop en compagnie de Seb Pourcel et Mickaël Pichon, le Sudiste a construit sa légende en migrant vers le championnat du monde d’Enduro. Au guidon de sa KTM officielle, il s’offre cinq couronnes mondiales entre 2010 et 2015 avant de se lancer dans le monde des rallyes-raids. Après sa carrière de pilote, Méo laisse la moto de côté sans jamais arrêter de pratiquer pour s’investir à fond dans sa seconde passion, l’agriculture. Il y a quatre ans, notre homme reçoit un coup de téléphone qui le fait replonger dans l’univers du tout-terrain : « Quand j’étais chez HVA en enduro, je bossais avec deux ingénieurs que Ducati a recruté au début du projet Desmo 450 : Davide Perni et Pierluigi Zampieri qui dirige le service R&D. Ce sont eux qui ont soumis l’idée que je collabore à cette nouvelle aventure. Quand je suis arrivé en Italie, je devais bosser sur la nouvelle Desert X. Après avoir signé la clause de confidentialité, ils m’ont dévoilé le projet MX. L’équipe m’a alors montré le premier proto à l’usine. Je me suis lancé dans l’aventure et nous sommes partis dans une direction complètement opposée. Ils m’ont donné une feuille blanche en me disant, à toi de jouer, pense la moto de tes rêves. Ce feeling pour le développement des machines, je l’ai eu à l’époque de Kawa De Groot. J’étais le seul à rouler avec la 250 KX équipée d’un amortisseur sous le cadre. Chez Ducati, c’est quand même un autre step car il fallait penser une machine amenée à se retrouver chez les concessionnaires. » Très impliqué dans son nouveau rôle, Antoine Méo s’implique corps et âme. Il participe à de nombreuses réunions de travail et ne lâche jamais le morceau pour réussir à imposer ses choix techniques et sa vision : « Au départ, l’usine voulait bosser avec Öhlins puis Kayaba pour les suspensions. J’ai mis mon veto et poussé à bloc pour que l’on travaille avec Showa. J’ai aussi insisté pour que le moteur soit équipé d’un corps d’injection Mikuni avec une injection Keihin. Finalement, quelques mois plus tard, l’usine a trouvé un accord avec ces marques. Même chose pour les freins, j’ai insisté pour que l’on parte sur des éléments Brembo plutôt que du Nissin. Quand tu as des arguments, l’usine est à l’écoute. » Engagé pour mettre au point la Desmo d’origine, Antoine bosse également depuis quelques mois sur la version qu’utilisent les pilotes du team Wilvo cette année en MXGP : « J’ai roulé toutes les semaines avec Seewer, Vlaanderen et Bonacorsi. Du coup, j’ai ressenti pas mal de choses et on s’est mis au boulot tous ensemble pour trouver des axes d’améliorations. Au début, ils ne voulaient pas trop avoir un test rider dans les pattes. Au fil du temps, ils se sont ouverts et nous partageons pas mal d’informations. Les pilotes me font confiance car quand je teste avec eux, je roule vite et mes analyses sont souvent juste. » Début février, le Français a aussi fait le buzz lors de la cinquantième édition du Touquet. Après être parti quatre minutes en retard à la suite d’un problème de batterie, il s’est offert une remontada impensable pour finalement échouer à la 21e place : « Le Touquet, c’était fou ! Ça ne s’est pas passé comme prévu. Mais finalement, on a beaucoup parlé de la Ducati. Il y a eu le problème du départ et ensuite, après 1H40 de course, j’ai tapé un autre pilote et je n’avais plus de frein arrière. Sur la fin, j’ai aussi connu des petits soucis avec mon amortisseur. Bref, ça n’a pas été facile. Je voulais revenir sur cette course mythique avec Ducati, leur montrer que ça pouvait être intéressant pour la 450 Desmo de rouler dans le sable. Vu que je me suis occupé de la moto de MXGP, je n’ai pas vraiment pu me préparer comme je le voulais. Malgré tout, nous y sommes allés pour récolter des informations. Ce projet sable me tenait à cœur. J’ai roulé sur le Mondial de Bibionne, je devais aussi faire Grayan mais la course s’est arrêté très vite après l’accident tragique de Raphaël Cholet. Au Touquet, j’ai profité de la course pour tester un kit suspensions que nous allons mettre en vente pour les clients qui veulent rouler dans le sable avec la Desmo 450. Chez Ducati, ils ne connaissaient pas vraiment Le Touquet car ça une course française avant tout. En se déplaçant sur place, ils ont compris l’engouement que générait l’épreuve et que commercialement, il y a des choses à faire dans le sable. Quand tu arrives sur un nouveau marché comme celui-ci, il faut pouvoir adapter ta moto, proposer des choses à tes clients. Rien n’est encore validé pour les mois à venir, on a beaucoup de boulot avec les motos de série, le team MXGP, l’arrivée de Ducati en SX US, mais le sable reste une discipline intéressante pour la marque. »

Aujourd’hui, Antoine est un homme heureux, épanoui dans sa reconversion tout en restant un éternel insatisfait lancé dans une quête permanente de progression. Son but est clair, toujours trouver des solutions pour faire évoluer techniquement la Ducati 450 Desmo afin qu’elle devienne la référence de sa catégorie.