Quatre vainqueurs en cinq rounds, d’autres noms qui devraient rejoindre la liste, 17 points pour séparer les cinq premiers, de l’indécision chaque week-end… Le SX US est en train de vivre l’une des saisons les plus attrayantes de son histoire. Ricky Carmichael, six titres Supercross au compteur, GOAT de chez GOAT, livre son analyse d’un début d’année passionnant.
Voilà bientôt 20 ans que Ricky Carmichael a raccroché les gants, du moins à plein temps. Mais à 46 ans, l’homme aux 16 titres AMA chez les pros est toujours actif dans le monde du tout-terrain. Associé à des marques comme Triumph, Fox Racing ou Quad Lock, il commente et décrypte aussi une partie du championnat SuperMotocross. C’est d’ailleurs dans ce rôle d’expert qu’il s’est confié à son partenaire, Monster Energy, entre les manches de Glendale et Seattle. Moto Verte ne pouvait résister à partager les meilleurs passages des analyses de RC4 sur, entre autres, « ce fantastique championnat 450 » à suivre dans nos colonnes.
Tomac, « histoire incroyable » ; Lawrence « peut être champion »
Hunter Lawrence, Ken Roczen, Eli Tomac, Cooper Webb, Chase Sexton : cinq hommes se tiennent en 17 points après cinq rounds. C’est donc peu de dire que la compétition est « très indécise », introduit-il. « Je pense que le plus important est qu’ils restent en bonne santé tout au long de la saison ». C’est justement ce qui a éliminé d’entrée de jeu celui qui s’avançait comme le grand favori. « Le plus gros coup dur, pas seulement pour lui mais aussi pour le sport, est le forfait de Jett Lawrence. Qu’on l’aime ou pas, le sport a besoin d’un maximum de concurrence et de superstars au départ chaque week-end. Il est un atout précieux pour le championnat et je suis déçu de le voir out. »
« Dans le même temps, je pense à Eli Tomac. Quelle histoire incroyable ! », poursuit Carmichael, admiratif des performances du pilote de 33 ans (deux victoires, leader à l’issue des quatre premières finales). « C’est formidable de voir comment les choses se sont déroulées et comment il s’est retrouvé dans cette équipe [KTM]. Qu’il arrive à son âge et soit déjà à cette forme, c’est impressionnant. On dirait qu’il est sur cette moto depuis cinq ans. Il a l’air vraiment à l’aise. C’est vraiment fun à voir. »
Une victoire mais aussi plusieurs erreurs : Chase Sexton n’a pas encore trouvé la solution à tous ses problèmes. © DR
À l’inverse, et même s’il a remporté une finale, Chase Sexton n’a pas autant marqué les esprits. « Que se passe-t-il avec lui ? Cela fait trois constructeurs différents en quatre ans. On entend beaucoup de plaintes et de problèmes avec la moto, mais on dirait que c’est toujours la même histoire partout où il va. Je le plains, car je suis persuadé qu’il a largement le potentiel pour gagner », pointe-t-il. « Avec toutes les motos qu’il a pilotées, y compris celle de sa nouvelle équipe Monster Energy Kawasaki, je pense que cette machine est tout à fait capable de gagner. On l’a déjà vu. Je ne comprends juste pas comment il peut ne pas enchaîner chaque semaine. J’espère qu’un jour il trouvera ce qui lui manque. »
Si ces deux hommes ont gagné cette année, ce n’est pas encore le cas de Hunter Lawrence… mais cela ne l’empêche pas d’arriver à Seattle avec la plaque rouge de leader ! « Je trouve qu’il se débrouille très bien. J’adore son histoire. Sa carrière en 450 est très similaire à celle en 250. C’est un gars qui a été battu et encaissé les coups, qui a envisagé la retraite et qui a finalement tout donné, et maintenant, regardez-le ! Il a manqué le titre de champion SuperMotocross de quelques points seulement, et face à l’un des pilotes les plus talentueux de l’histoire : son frère [Jett]. Il ne reçoit pas la reconnaissance qu’il mérite. Il est très rusé et je suis persuadé que si on ne l’a pas à l’œil, il pourrait bien être champion Supercross cette année. »
« Le pilote fait la différence »
Quatre vainqueurs lors des cinq premiers, et d’autres en chasse d’un premier succès en carrière – Hunter Lawrence, Jorge Prado, Justin Cooper –, donnent à Carmichael « l’impression que notre sport est en pleine effervescence. C’est brut et authentique. On a vraiment le sentiment d’être dans une bonne séquence. Personnellement, je n’ai pas l’impression d’essayer de construire un récit, car les courses sont tout simplement exceptionnelles. L’histoire se raconte d’elle-même. J’ai mis ça dans mes notes cette semaine : j’ai écrit que j’allais juste m’asseoir, regarder et analyser ce qui se passe à la télé, car le niveau est vraiment impressionnant. Je n’ai pas besoin de construire un récit, car l’histoire s’écrit sous nos yeux ».
Hunter Lawrence capitalise sur sa régularité. Le facteur clé dans une saison aussi compétitive ? © DR
RC4 va jusqu’à parler d’une compétitivité plus élevée qu’à son époque. « Et je le dis avec respect pour les pilotes que j’ai affrontés. Je pense que vu le niveau actuel de tout le monde, la densité et l’homogénéité des performances n’ont jamais été aussi élevées. Il y a tout simplement plus de pilotes en mesure de gagner chaque soir. Et j’ai couru contre les meilleurs au monde. Prenons le King du Supercross [Jeremy McGrath], par exemple. Il a plus de victoires et de titres en Supercross que quiconque n’en aura probablement jamais. Et ça veut dire beaucoup. Je pense aussi que c’est pour ça qu’on est dans une situation aussi bonne. »
Une homogénéité rendue possible par, entre autres, l’équilibre entre les différentes machines qui permet de donner un rôle prépondérant au pilotage de chacun. « C’est le pilote qui compte. C’est ça qui est génial, et c’est ce qui est si passionnant à regarder en SuperMotocross. J’adore la Formule 1 et le NASCAR, les quatre roues en général, mais l’élément humain reste le facteur le plus important dans notre sport. On ne dépend pas de l’aérodynamisme et de ce genre de choses. Toutes ces motos sont capables de gagner n’importe quel soir. C’est l’élément humain qui est si spécial. »
Averses à Seattle ce week-end ?
Du reste, RC4 s’amuse de suivre le parcours de Haiden Deegan, qui fait autant parler de lui pour ses résultats (27 points d’avance à mi-saison 250 Ouest) que pour ses frasques. « Quel athlète incroyable ! C’est un vrai plaisir de le suivre et de voir son talent s’épanouir. C’est aussi amusant d’observer ses pitreries et ses petites excentricités, que ce soit pendant ou après la course, ou même à n’importe quel moment de la journée. Il nous donne toujours matière à discussion. On verra s’il parvient à maintenir sa domination, ou si des pilotes comme Levi Kitchen, Cameron McAdoo ou un membre de son équipe réussissent à le défier pour la victoire. »
Place maintenant à Seattle, où « la météo est la grande inconnue, chaque fois qu’on va à Seattle. On ne sait jamais vraiment ce qu’il va se passer. C’est donc ce qui nous préoccupe et ce sur quoi il faut s’adapter. Si la météo est mauvaise à Seattle, je pense que la victoire se jouera surtout sur la capacité à tenir le coup et à maximiser les situations. J’aime aller à Seattle. Le vol est long, mais j’apprécie d’y être. Les courses y sont toujours passionnantes, que le temps soit clément ou non. » Rendez-vous dans le Lumen Field ce samedi 14 février !
