On peut dire que l’arrivée de Tom Vialle et Jeffrey Herlings chez Honda a bousculé les codes du team Honda Gariboldi. Arrivée de Monster et de Petronas, déco totalement nouvelle et … inabituel pour l’habituel discret constructeur Honda. Le team usine ne cache pas ses ambitions de retrouver la plus haute marche du podium sur le MXGP en compagnie de Ruben Fernandez.
Monster, Petronas, de gros partenaires ont donné leur confiance à Honda HRC pour cette saison 2026. Avec quatre pilotes (3 en MXGP et 1 en MX2), le team Gariboldi espère retrouver le sourire après une saison 2025 compliquée. Voici les questions et réponses faites à l’occasion de la conférence de presse par les journalistes présents dont Pascal Haudiquert pour Motoverte.com
Jeffrey, après t’avoir vu rouler sur la Honda, on a l’impression que tu apprécies vraiment la moto. Est-ce que tu t’es déjà dit que tu aurais dû changer d’équipe plus tôt, pour découvrir une nouvelle machine à un autre moment de ta carrière ?
« C’est toujours difficile à dire. Mon passage chez KTM a été très bon, j’y ai beaucoup accompli. Aucun reproche : il y a eu des hauts et des bas, mais j’en garde un excellent souvenir. Courir pour Honda HRC a toujours été un rêve. On était déjà tout près de signer en 2016. Et pour moi, si je devais quitter KTM, il n’y avait qu’une option : Honda. C’était mon rêve d’enfant. Aujourd’hui, je suis surpris par la qualité de la moto. Et je roule sur un nouveau prototype : ce serait plus simple sur l’ancienne, parce qu’ils avaient des années d’expérience et de développement. Là, c’est encore au début du projet, et ça me donne beaucoup d’espoir : il y a énormément de potentiel. Je sais que c’est une phase avancée de ma carrière, mais je n’ai aucun regret de ne pas être venu plus tôt. J’ai vécu de belles choses ailleurs. Mais rouler pour Honda HRC, je ne voulais pas le rater. Je suis très heureux de ce choix. »
Jeffrey Herlings en version 2026 avec Honda. Une livrée qui partage sur les réseaux sociaux ! © HRC
Tom, un nouveau titre mondial te donnerait trois titres, ce qu’aucun Français n’a réussi dans les grandes catégories (hors Yves Demaria en MX3). Est-ce un objectif pour toi, et comment tu te sens à l’idée de devenir potentiellement le Français le plus titré ?
Je ne le savais pas, mais maintenant, évidemment, ce serait un rêve et un objectif pour les prochaines années. C’est ma première année en 450, j’ai beaucoup à apprendre. C’est aussi une nouvelle moto et une nouvelle équipe. Mais si on peut l’atteindre, ce serait incroyable.
Ruben, qu’est-ce que tu dois faire cette année pour jouer les victoires de manches, les victoires de GP, les podiums ? Et ton expérience sur la Honda l’an dernier, est-ce un avantage ?
« Je pense que les départs sont la clé aujourd’hui en MXGP. Ils peuvent complètement changer une course. Donc faire de bons départs va énormément aider. Ensuite, avec mon expérience des dernières années, je crois que ce qui m’a manqué, c’est la régularité. Je veux me concentrer là-dessus : rester devant à chaque manche, à chaque course. Avec de bons départs et de la constance, je sais que je peux être rapide. Ça doit amener de bons résultats, des victoires de manches, des podiums, et j’espère pouvoir le faire plus régulièrement cette année. »
Quatre pilotes composent le team officiel Honda pour 2026 © HRC
Valerio, à quel point as-tu progressé depuis l’hiver ? As-tu reçu des conseils de tes nouveaux coéquipiers ? Et qu’est-ce qui change sur la moto entre 2025 et 2026 ?
« J’ai changé beaucoup de choses, surtout sur les suspensions. On a franchi un bon cap avec le mécanicien, l’équipe, Showa. On a aussi travaillé sur certaines pièces moteur et sur les réglages de suspension. La moto a beaucoup évolué par rapport à l’an dernier, et le feeling est vraiment meilleur. Je suis très heureux de rouler avec cette moto et j’ai hâte que la saison commence en Argentine. »
Jeffrey, tes deux dernières saisons ont été marquées par des blessures sérieuses avant le début du championnat. Comment as-tu abordé cette année pour éviter que cela se reproduise ?
« Le championnat MXGP n’a pas encore commencé, mais le motocross reste un sport à risque. Les blessures font partie du jeu. L’an dernier, j’ai manqué le début de saison, les deux premières courses, puis je suis revenu avec seulement quelques jours de moto. J’ai dû me reconstruire en course, et les premières épreuves ont été très difficiles après six mois d’arrêt à cause du ligament croisé. Là, je me sens bien, je suis en forme. J’ai vu le week-end dernier à Mantova que l’intensité n’était pas encore là, mais c’est pour ça que je fais trois courses de préparation avant le premier GP. Je n’ai plus beaucoup d’occasions, donc chaque opportunité, je dois la saisir à deux mains. Pour l’instant, je me sens vraiment bien. »
Tom Vialle passe un cap pour son passage en 450 avec Honda © HRC
Tom, tu as eu énormément de succès en 250, aux États-Unis et en mondial. Maintenant tu passes en 450 : quelles sont tes attentes et qu’est-ce qui serait une saison réussie ?
« C’est difficile à dire. Je viens juste de faire ma première course 450 à Mantova. Entre un GP et une course de pré-saison, il y a une vraie différence. Je veux construire étape par étape. Le premier objectif, c’est le podium, et essayer de se battre pour gagner si c’est possible. Il faut être le plus régulier possible : la saison est longue, presque 20 GP, beaucoup de choses peuvent arriver. Je veux être là chaque week-end, progresser au fil de la saison, et on verra. Je ne peux pas donner une attente précise avant d’avoir fait un premier GP en 450. Après l’Argentine, on saura où on en est, et on travaillera pour être meilleurs ensuite. »
Ruben, à quel point est-ce important de rester plusieurs années dans la même équipe pour progresser, grâce à la stabilité ?
« Rester longtemps dans la même équipe aide toujours. Ici, je me sens comme dans une famille. Depuis le premier jour, l’accueil a été très chaleureux. J’ai une bonne relation avec tout le monde, et c’est une chose de moins à gérer. Tu es déjà à l’aise, tu connais les gens, donc tu peux te concentrer sur le pilotage. Ça permet de développer la moto, d’aller chercher des résultats, et de progresser pendant la saison. Je pense que ce sera ma quatrième année ici, et je me sens vraiment à la maison. »
La déco tranche radicalement avec les précédentes saisons © HRC
Valerio, je sais que ton focus est le MX2, mais est-ce que tu penses déjà à la suite en 450 ? Et est-ce possible qu’on te voie rouler en 450 en championnat d’Italie cette année ?
« J’aime beaucoup la 450. L’an dernier, j’ai fait une course en championnat d’Italie et j’ai gagné. Rouler en 450, c’était un cadeau de l’équipe après le podium en Australie, et j’ai fait la dernière course avec la 450 usine : c’était incroyable. Mais l’objectif reste la 250. Pour moi et pour l’équipe, c’est mieux de courir en 250, aussi en championnat d’Italie. Et ça peut aussi servir à tester des réglages moteur ou des settings différents pour le mondial. Je pense que c’est la bonne façon de faire. »
Jeffrey, cette année on a l’impression d’un duel vétérans contre rookies. Est-ce excitant pour toi, et comment tu vois le championnat dans son ensemble ?
« Pour moi, ce sont un peu toujours les mêmes gars, donc je ne vois pas encore un changement énorme. Il y a quelques jeunes qui arrivent, mais je pense que ce seront encore les mêmes qui vont se battre pour le titre, comme ces dernières années. Disons que la “fête” sera juste un peu plus grande avec deux ou trois pilotes de plus. J’ai hâte. Je pense que je peux encore le faire, sinon je ne serais pas là. Quand j’étais en forme en fin de saison dernière, j’ai gagné la plupart des courses, j’ai enchaîné cinq podiums et gagné trois des cinq dernières épreuves, je crois. C’est une nouvelle aventure, une grosse motivation. Après 17 ans avec la même équipe, arriver dans une nouvelle structure pour ce qui pourrait être mes deux ou trois dernières saisons rend les choses excitantes et apporte énormément de motivation. Et au final, sur une saison de 60 manches, tout se joue sur la constance. On l’a vu : être là chaque week-end, comme Febvre l’an dernier, c’est ce qui peut t’amener un titre. »

Tom, après plusieurs saisons aux États-Unis, quelle sera la chose la plus difficile à réapprendre en revenant en Europe ? Ou qu’est-ce qui t’a déjà posé le plus de difficultés ?
« Je pense que c’est la moto. C’est une nouvelle catégorie pour moi : une 450, plus de puissance, et de nouveaux adversaires que je n’ai pas l’habitude d’affronter. Il y a beaucoup de choses nouvelles. Et puis les circuits : on sait que les pistes US et européennes sont différentes. Le bon point, c’est que je connais les terrains, mais je dois retrouver le rythme et me réhabituer au style des circuits. Le week-end MXGP est long, avec deux jours de course, donc il faut se réadapter. Mais je pense que ça ira vite : j’ai passé quatre saisons en Europe en 250, je connais le système. L’adaptation devrait être rapide. »
Ruben, la moto prototype que tu as utilisée en fin d’année semblait très réussie. Peux-tu parler du développement cet hiver et des améliorations attendues par rapport à ce que tu avais l’an dernier ?
Comme certains le savent, la saison dernière j’ai changé de moto et je suis passé sur la version prototype. Il y avait beaucoup de points positifs par rapport à la 2025 : c’était une moto complètement nouvelle, beaucoup de choses ont changé, mais je me sentais à l’aise. On a progressé sur plusieurs aspects.
C’était peut-être encore tôt pour l’engager pleinement en GP, mais on a récolté beaucoup d’informations utiles pour cette année. L’équipe a identifié les points à améliorer, et on a trouvé de grosses évolutions lors du dernier test. Aujourd’hui, la moto est solide. L’équipe a fait un travail incroyable. Je suis motivé et impatient de voir jusqu’où on peut encore l’améliorer. En tout cas, je me sens bien dessus.
Ruben Fernandez n’aura pas d’autre choix que de performer pour 2026 © HRC
Valerio, en passant de l’EMX au MX2, tu as dû affronter un volume de courses bien plus important. As-tu dû te préparer mentalement pour une série de 20 épreuves ?
« Oui, c’est complètement différent. En mondial, il y a beaucoup plus de courses : il y a la manche qualificative et au total, ça fait environ huit courses de plus qu’en championnat d’Europe. La plus grande différence, c’est justement la qualif : 20 minutes, mais avec un rythme très élevé. Ça a été le plus difficile pour moi. J’ai travaillé mon physique pour cette année, donc j’ai hâte de donner le maximum. »
Jeffrey, aux États-Unis, Jorge Prado est passé de KTM à Kawasaki et a eu du mal à s’adapter. Est-ce que ça t’a inquiété, ou au contraire motivé pour prouver que c’est possible ?
« Passer de KTM à Kawasaki, ce n’est pas la même chose que passer de KTM à Honda. Honda est une moto très éprouvée : on l’a vu aux États-Unis avec Jett, en Europe avec Tim. Donc c’est différent. Mais oui, ça m’a fait réfléchir, parce que je n’avais jamais testé la Honda avant de signer avec Honda HRC. C’était un pari. Je ne savais pas si ça allait me convenir. Aujourd’hui, je n’ai aucun regret. C’est une moto toute nouvelle, et déjà très bonne. Je pense qu’il y a encore beaucoup plus de potentiel. J’ai vraiment hâte de cette saison. »
Tom, Chase Sexton dit qu’il a hâte de suivre les GP cette année parce que tu es dedans. Il dit aussi qu’il veut te retrouver à Ernée, en France. Ça t’excite, et tu penses aux Nations avec l’équipe de France ?
« Oui, les Nations, c’est toujours une course énorme, encore plus en France à Ernée. J’y étais en 2023 et on a gagné. C’était un des plus beaux week-ends de ma vie. Il y avait tellement de fans, c’était complètement fou. J’espère pouvoir y participer cette année. Bien sûr, c’est l’équipe de France qui décide de la sélection, mais ce serait vraiment sympa de courir contre Chase enfin. Aux États-Unis, j’étais en 250 et lui en 450, donc on n’a jamais vraiment été en confrontation. On s’est beaucoup entraînés ensemble ces deux dernières années. Si je suis sélectionné, ce serait génial de pouvoir enfin courir contre lui. »