Février 2015, pour fêter les quarante ans de l’épreuve, les organisateurs de l’Enduropale du Touquet lancent pour la première fois une course parallèle réservée aux machines anciennes. Dix ans plus tard, le phénomène vintage a littérallement explosé. Depuis 2023, il existe même un championnat de France intégré au CFS. Pourquoi un tel phénomène ?
Beaucoup de CR sur les plages du Touquet depuis le lancement de la catégorie vintage. Attention, arrivée des 400 YZF cette année !
Depuis une vingtaine d’années, les machines 4T ont pris le pouvoir. Le marché du tout-terrain est dominé par les 250 et 450 à soupapes, comme les principales compétitions que sont le mondial MXGP et les championnats US de Supercross et Promotocross. Le fait est avéré, incontestable. Cette hégémonie qui a mis sous silence les 2T a fini par engendrer une sorte de nostalgie. Le bruit si particulier d’une petite 125 qui passe à bloc dans un virage relevé, le coup de gaz rageur d’un Tortelli au guidon de sa 250 KX championne du monde 1998, la précision d’un McGrath et de sa CR en SX US… Une certaine forme de manque s’est fait ressentir. Ca a incité de nombreux passionnés à enclencher le mode “revival” en sortant des vidéos et des projets autours de ces anciennes motos. À chaque fois, les réactions sont nombreuses et enthousiastes. Evidemment, les amoureux du vintage ont toujours existé, dans de nombreux univers allant bien au-delà des frontières du TT. Friperies vintage, montres vintage, voitures vintage, les exemples sont innombrables. Depuis un moment maintenant, la tendance s’est muée en phénomène de mode. L’Enduropale du Touquet en bénéficie en accueillant depuis plus de 10 ans une catégorie vintage alors qu’un vrai championnat existe désormais au sein du CFS depuis 2023. La folie s’est emparée de la discipline. Les pratiquants et amateurs sont de plus en plus nombreux.
Adrien Van Beveren arrivera avec la plaque numéro 1 de vainqueur à l’Enduropale cette année après un Dakar intense.
Retour aux sources
Pour comprendre le phénomène, petit retour en arrière d’une dizaine d’années. Nous sommes en 2015. Febvre est champion du monde MXGP au guidon de son YZ-F, Dungey offre au team KTM Red Bull un premier titre de champion US de Supercross et “Adventure of the lifetime” de Coldplay s’impose comme l’un des hits de l’année. En février, pour fêter les quarante ans de l’épreuve, les organisateurs du Touquet décident de mettre sur pied pour la première fois une catégorie vintage organisée sur deux manches de trente minutes. Un peu plus de 140 pilotes répondent présents dont les anciens vainqueurs de l’épreuve que sont Demeester, Ven der Ven, Belval, Hauquier, Delepine, Guédard, Béthys, Ramon et Pichon. Ancien pilier des GP 500 dans les années 90, grand spécialiste de la silice comme la plupart de ses compatriotes belge, Boonen se montre le plus efficace en claquant le doublé devant Belval (3/2) et Guédaro (5/4). L’histoire du Touquet vintage est en marche et personne n’a encore conscience de l’ampleur que va prendre la course. Tous les ans, l’engouement pour l’incontournable rendez-vous est de plus en plus grand. Les engagements s’arrachent comme des petits pains et tout le monde ne peut être servi. En 2019, pour la dernière fois, la course se dispute sur deux manches et pas moins de quatre-cent cinquante-quatre passionnés se retrouvent sur la plage.
Les motos sont aussi de plus en plus performantes sur le Touquet Vintage © Math Brunner
L’année suivante, le format change et l’épreuve se déroule d’une traite avec un succès signé Vergriete, déjà vainqueur douze mois plus tôt. En 2022, année post-annulation pour cause de pandémie, plus de cinq-cents riders se pressent au Touquet et ils sont encore plus nombreux en 2023 (675). Cette année-là, pour répondre à la demande et à un engouement toujours croissant, un vrai championnat vintage fait son apparition au sein du CFS. La plage du Touquet n’est plus l’unique occasion de sortir sa vieille du garage. On peut également le faire à Berck, Loon-Plage, Hossegor, Saint-Léger et Grayan. Démoniaque au guidon de sa 500 CR, Herbreteau remporte le titre avant de s’imposer au Touquet devant Pagès, grand fan de la catégorie et l’incontournable Sandman Demeester. Nicolas Dercourt lui succède au palmarès du CFS, lui aussi ultra-efficace au guidon de sa grosse Honda 2T. Cette année, le championnat est toujours aussi prisé et avant la Gurp TT de Grayan prévue au moment de notre bouclage, Paul Le Gonidec menait la danse devant Romain Maurez, Cyril Lambeaux et Florian Miot. Facile vainqueur de trois épreuves sur quatre, le Sanglier du Nord a perdu gros à la suite d’un pépin mécanique à Loon-Plage, mais reste comptablement en course pour la gagne.
Présent l’an passé, Stéphane Peterhansel sera à nouveau derrière la grille pour cette 50ème édition.
Pourquoi une telle passion ?
Tatoueur nordiste, influenceur et surtout passionné jusqu’au bout des ongles, JeeWee est un personnage incontournable quand on évoque le dossier vintage et les courses de sable. Sa vision de l’évolution de la discipline depuis dix ans est intéressante : « Par rapport au discours de certains qui évoquent une forme de course à l’armement, d’une catégorie qui se dénature un peu, j’aimerais donner mon avis. Si tu essaies une 500 CR avec sa fourche d’origine par exemple, il faut avoir un sacré niveau pour rouler vite avec cette moto tant l’avant est souple et se ballade partout. Les motos modernes sont bien plus rigides, c’est pour ça que lorsque les pilotes vintage montent une fourche moderne, c’est pas tant pour avoir un truc plus compétitif, mais surtout disposer d’une machine saine et sécurisante. La course aux pièces est là, mais j’ai surtout le sentiment que c’est une course pour se faire la plus belle moto possible. Je vois le truc plutôt comme ça ! L’esprit vintage, je le ressens toujours. C’est la camaraderie, les potes qui roulent ensemble. C’est mon cas avec mes collègues, mais au final, le but, c’est quand même toujours de la coller au copain. La bonne entente est de rigueur, mais le principe même de la compétition, vintage y compris, c’est quand même de finir devant les autres. Sinon, tu te contentes de rouler à l’entraînement et tu ne prends pas de départ. Dans le top dix en revanche, c’est une autre histoire. Les mecs sont vraiment là pour en découdre et jouer le championnat. Tous les mecs qui ont moins de trente ans et qui se préparent, c’est pas pour faire de la figuration. Malgré tout, perso, je m’y retrouve toujours dans la famille vintage. L’atmosphère est cool y a plein de jeunes mecs qui apprennent la mécanique avec leur père, qui prépare une belle moto et qui viennent sur le CFS. Le kiff, il est là ! Et puis une saison de vintage, ça coûte des ronds bien sûr, mais pas autant que de faire un CFS classique avec une 450 moderne. Ça explique aussi l’engouement autour du championnat ! »
Van Beveren, Miot, Pages, D. Martens, Morel Fura, Boog, Dumontier, Moussé… Il y aura du beau monde derrière la grille de départ cette année © Math Brunner
Pilote pro et boss du team Fantic sur le CFS, vainqueur du Touquet vintage en 2022 et seul pilote ayant réussi cette performance au guidon d’une 250 2T, Maxime Sot en connait lui aussi un rayon sur la question. Désormais basé dans le Sud-Ouest du côté d’Hossegor, le Champenois est au contact des passionnés à travers son atelier de préparation MS Motorsports : « L’esprit 2T, c’est un truc à part. Avoir la chance de pouvoir disputer des courses avec ces anciennes motos, ça a un côté nostalgique sympa. Le vintage, c’est aussi le moyen de faire de la compétition dans des endroits magnifiques, sur la plage, sur des courses d’une heure bien moins exigeantes. L’engouement, il vient aussi de cela. Je connais pas mal de personnes qui n’avaient jamais roulé dans le sable et qui se sont lancés dans le vintage car c’est accessible. C’est le cas de ma copine qui roule avec une 250 Katé cette année encore. La hype, elle ne retombe pas, ça continue même de se développer. De nombreux pilotes se prennent au jeu, veulent se faire de belles machines, avec des pièces qui vont bien. C’est le cas d’une grande partie de ma clientèle. Certaines marques se remettent même à produire d’anciennes pièces alors qu’elles ne le faisaient plus. Il y a un business autour du vintage. Perso, je prends beaucoup de plaisir à rouler avec ces motos. Depuis toujours, j’adore la mécanique, rénover d’anciennes bécanes. Fin 2021, je roulais Yam pour Drag’On Tek et Guillaume Davion m’avait branché pour que je fasse le vintage avec une YZ 250. C’était top et j’avais gagné. Aujourd’hui, le règlement a changé et si tu disputes le Touquet classique, tu n’as plus le droit de t’inscrire au vintage la veille. C’est dommage, j’aurais trop aimé le faire en février prochain. Pour en revenir à cette course à l’armement, ça ne me dérange pas. Quand tu montes une fourche moderne, je suis d’accord avec les propos de JeeWee, c’est avant tout pour plus de confort et de sécurité, plus que pour de la perf pure. On sent une vraie passion autour du vintage, on aime échanger entre potes, parler de nos préparations, on échange, c’est kiffant ! » Cette année encore, la catégorie vintage du Touquet est sold-out. Les engagements se sont arrachés en quelques minutes. Si ça vous branche de tenter votre chance, il faudra attendre 2027. L’an passé, 756 passionnés avaient pris le départ. Après une heure et une minute de course, Adrien Van Beveren s’était imposé avec treize secondes d’avance sur Nicolas Dercourt et près de trois minutes sur Arnaud Demeester. Le rendez-vous est pris les 13, 14 et 15 février prochains pour une cinquantième édition de l’Enduropale qui s’annonce une fois de plus historique !
Ex-sandman, le Hollandais Kees Van Der Ven avait inauguré l’Enduropale vintage. Légende !
Palmarès Touquet vintage
> 2025 : 1. Van Beveren (Hon), 2. Dercourt (Hon), 3. Demeester (Hon)…
> 2024 : 1. Herbreteau (Hon), 2. Pagès (Yam), 3. Demeester (Yam)…
> 2023 : 1. Van Beveren (Hon), 2. Herbreteau (Hon), 3. Demeester (Yam)…
> 2022 : 1. Sot (Yam), 2. Dumontier (Hon), 3. Vergriete (Hon)…
> 2021 : épreuve annulée Covid
> 2020 : 1. Vergriete (Hon), 2. Morel (Hon), 3. Denys (Hon)…
> 2019 : 1. Vergriete (Hon), 2. Deudon (Kaw), 3. Pereira (Kaw)…
> 2018 : 1. Breugelmans (Hon), 2. Vergriete (Hon), 3. Pereira (Kaw)…
> 2017 : 1. Breugelmans (Hon), 2. Morel (Hon), 3. Pereira (Kaw)…
> 2016 : 1. Deudon (Kaw), 2. Demeester (Yam), 3. Morel (Hon)…
2015 : 1. Boonen (Husaberg), 2. Belval (Hon), 3. Guédard (Kaw)…
L’incroyable Yann Guédard, vainqueur en 1992, avait étrenné une belle 500 KX lors du 1er Enduropale vintage…
La 500 CR de Florian Miot
Championne de France vintage l’an dernier avec Nicolas Dercourt, préparée par Tonton JeeWee et confiée cette saison à Florian Miot, la 500 CR du nordiste est la machine à battre. Présentation de la bête.

La base est une 500 CR de 96 qui reste proche de l’origine à 80% en terme de pièces. A l’avant, on retrouve malgré tout une fourche de 49 millimètres empruntée à une 450 CR-F 2025. Du coup, le système de freinage moderne et efficace est présent comme le règlement l’autorise. À l’arrière, l’amortisseur est d’origine, mais récupère des biellettes taillées dans la masse pour améliorer la fiabilité. Le bras d’oscillant est stock afin de permettre à la CR de conserver sa maniabilité. Des tests avec un modèle rallongé ont été faits sans donner satisfaction. La visserie classique est remplacée par des éléments en titane qui ne rouillent pas et qui facilitent l’entretien. JeeWee a essayé des boucles de cadres arrière en aluminium avant de conserver le modèle d’origine en acier. Côté moteur, on trouve un pot sur-mesure fabriqué par Doma avec un développé spécifique plus long qui permet d’offrir plus d’allonge et de puissance à haut-régime. Celui-ci a été développé pour satisfaire les attentes de Florian Miot. Pour Le Touquet, cette CR 500 héritera aussi d’une boite longue afin de gagner en performances sur la plage. On retrouve un vilebrequin américain Built 500 taillé dans la masse, une boite à clapets Boyesen modifiés et un cylindre retravaillé au niveau des diagrammes. Le réservoir est un modèle plastique de 12 litres qui pourrait laisser sa place à un élément en alu si la valve pour ravitaillement rapide ne s’adapte pas bien sur le plastique. L’idée est de conserver celui-ci qui ne génère pas de vibrations, contrairement à l’alu. Cette machine est chiffrée environ à 20 000 euros et le moteur est ouvert entièrement après chaque épreuve du CFS.

L’œil d’Arnaud Demeester
Septuple vainqueur de l’Enduropale du Touquet, toujours recordman absolu, Sandman a vécu l’arrivée du Vintage il y a une dizaine d’année. Il connait le sujet.
Arnaud Demeester : « C’est vrai que depuis le début, j’ai joué le jeu du vintage. J’étais sur la plage pour la première édition. Rouler avec les 2T de l’époque, c’est fun, les sensations sont sympas, ça rappelle de bons souvenirs. J’ai gagné mes premiers enduros avec une 250 YZ. En vintag,e sur le championnat de France, il faut des machines jusqu’à 1996. C’est ma génération toutes ces motos. La discipline s’est développée. Elle a même explosé, mais certains trucs me dérangent un peu. Je ne comprends pas trop l’intérêt de voir des tops pilotes actuels débarquer dans ces courses. Ce n’est pas trop l’ADN, l’esprit. Que des jeunes viennent se faire plaisir avec ce type de machines, pas de problème. Cette année, quand je vois Florian Miot et un garçon comme Le Gonidec, je ne comprends pas trop. Ou alors, il faudrait qu’ils se mettent un challenge en roulant avec des 250 en espérant taxer les pilotes 500. Autre truc qui me dérange un peu, c’est le nouveau règlement du Touquet 2026 qui autorise les machines produites jusqu’en 2000. Ça veut dire que l’on va voir des Yam 426 YZ-F 4T, des CR à cadre alu… C’est dommage, ça dénature un peu le truc. Quand tu vois ce championnat, il y a une course à l’armement, c’est moins dans l’esprit. Certains mecs montent des fourches actuelles, des amortisseurs modernes, ça ne va pas dans le bon sens. J’ai suivi un peu la grosse compétition MX vintage organisée en Angleterre à Foxhills. Les gars installent des moteurs modernes dans des vieux châssis, ça n’a pas vraiment de sens. Il est où le Vintage ? Cette année, c’est pourtant les 50 ans du Touquet, j’ai gagné sept fois, ça aurait du sens que je prenne le départ, mais je ne suis pas certain de le faire. Vue l’évolution du truc, ça me branche moins. J’ai cinquante-deux ans, rouler face à des mecs trente ans plus jeunes, ça n’a pas d’intérêt ! »
