Épreuve historique et emblématique du calendrier off-road, l’Enduro du Touquet, devenu Enduropale, a enfanté son lot de héros. Van der Ven et Geboers vont déboucher goulet et champagne à huit reprises avant qu’un jeune Nordiste ne devienne le spécialiste absolu de la silice et le recordman de succès sur la Côte d’Opale : Arnaud Demeester.
Avec une fausse licence, l’histoire d’Arnaud Demeester a débuté sur la 125 CR en 1995 © MV

Aux Pays-Bas, quand on aime le motocross, on use ses fonds de pantalon dans le sable. Fort d’un pilotage construit pour survivre aux pires sables mouvants et habitué à évoluer dans le top 10 du Mondial 500, Kees van der Ven ne tarde pas à inscrire l’Enduro du Touquet en lettres d’or à son palmarès. Il le fait même briller en remportant l’épreuve à cinq reprises consécutives entre 1982 et 1986. Quelques années plus tard, Éric Geboers, autre « monstre » des GP 500, prend les choses en main. Trois victoires au Touquet grâce à sa science du pilotage et à sa vitesse, mais aussi en professionnalisant son organisation. Ravitaillements express, échappées hors bouchons du goulet, main-d’œuvre venue de Belgique… Là où la CGT possède son service d’ordre, Geboers installe une véritable milice de supporters chargée de lui ouvrir la voie.
Arnaud Demeester, seigneur de la Côte d’Opale
Alors que les fines lames des GP se font plus rares, une génération de spécialistes du Touquet émerge. Jérôme Belval ouvre la voie en 1994, animé par un mental de guerrier. Puis arrive Arnaud Demeester, quasi local de l’étape, très tôt pris sous l’aile de Yamaha et de Jean-Claude Olivier. Le Dunkerquois, comme ses homologues belges ou néerlandais et tous les pilotes du Nord, a grandi dans le sable. Enfant, il venait voir la course avec ses parents avant de décider de s’y consacrer pleinement. Enfin, presque… En 1988, il n’a que 15 ans alors que l’âge minimum requis est de 16. Il s’engage avec la licence de son père, sur une 125 CR, termine 227e et… premier Vétéran. Un premier coup d’éclat. Repéré à Fort-Mahon en 1992 par le charismatique patron de Yamaha, Arnaud met alors le cross traditionnel de côté pour se consacrer exclusivement au sable, avec un objectif clair : gagner Le Touquet. Petit, enveloppé, sans le physique d’un athlète sculpté, Demeester fait de la plage et des dunes son terrain de jeu. Il compense par un sens du pilotage hors normes, une souplesse et un tempo uniques.
Fils spirituel de JCO, homme du Nord, Arnaud Demeester s’est construit une légende avec Yamaha à la force du poignet.
Plus le terrain se dégrade, plus il semble voler. Il navigue dans les vagues, absorbe les creux, trace des trajectoires millimétrées grâce à un coup d’œil exceptionnel, sans jamais donner l’impression de forcer. Demeester, c’est avant tout une volonté à toute épreuve. Il en faut, de l’opiniâtreté, pour s’infliger des heures de moto chaque jour pendant des mois afin d’arriver fin prêt le jour J. Son solide coup de fourchette et les calories ingérées sont compensés par un travail de forçat et un mental d’acier. Demeester mange autant de sable que de profiteroles, plus que ses adversaires ne peuvent en digérer. Et forcément, ça paie. À 22 ans, il décroche son premier succès, enchaîne en 1996 avec ce qu’il considère comme sa plus belle victoire, puis récidive en 1998.
Avec 24 participations pour 7 victoires à l’Enduropale, Arnaud Demeester est le recordman des victoires.
Les années 1990 sont placées sous la domination d’un nouveau « sandman », légende de Yamaha France, fierté de JCO, et pilier de l’équipe de France. Le septième trophée, en 2008, devient mythique, tant pour le record que pour le scénario. Son rival du jour s’appelle Timoteï Potisek, presque un voisin de bac à sable. Malgré une chute qui l’éloigne du leadership, Potisek revient et se retrouve au coude-à-coude avec Demeester dans l’ultime tour. Il le dépasse un instant. Réponse immédiate du pilote Yamaha, à la mode SX US qu’il affectionne : un block-pass généreux. Potisek chute. Demeester franchit la ligne en vainqueur. Un finish unique, spectaculaire, qui envoie le p’tit gars du Nord au septième ciel. Là où il s’installe définitivement, dans le fauteuil d’un seigneur. Encore aujourd’hui, Arnaud Demeester occupe la plus belle place dans la légende de cette épreuve mythique.