C’est le gros transfert de la saison en EnduroGP. Le nonuple champion du monde anglais quitte Honda Red Moto pour rejoindre le team officiel Sherco dirigé par Fabrizio Azzalin. Dix ans après le dernier titre scratch de la marque, les bleus espèrent beaucoup de cette signature prestigieuse. Il fallait connaître les motivations de l’intéressé. Interview exclusive.
Par JM Pouget – Photos Andrea Beluschi/Sherco
Salut Steve, comment va ? Ton genou est réparé ?
« Oui, tout va bien merci. Je roule à nouveau depuis près de deux mois et tout semble OK. Je me sens à nouveau fort et ma préparation pour la nouvelle saison avance bien. »
Quelle surprise que ce transfert de Honda vers Sherco !
« C’est vrai que c’est toujours intéressant quand un des top riders change d’équipe. Mais aller vers le CH Racing et Sherco est une belle motivation quand on voit les résultats réalisés par les pilotes de l’équipe l’an passé et depuis toutes ces années. Je suis vraiment heureux de rouler avec eux pour les deux prochaines saisons. »
Après cette décevante saison, tu avais besoin de te relancer ?
« Oui, avec une blessure dès le premier Grand Prix, c’était vraiment décevant pour moi (sourires). D’autant que j’attendais beaucoup avec mon passage de la 250 à la 300 quatre-temps. Je me disais que la 300 me permettrait de jouer la gagne en EGP. Cette saison off m’a permis de réfléchir à ce que j’allais faire en 2026 et quelle moto serait le mieux pour moi. Ça m’a permis de me reposer aussi et d’envisager ce que serait la deuxième partie de ma carrière. »
Premiers tours de roues et gros training hivernal pour le quadruple champion du monde EGP (+ 5 titres de catégorie) en vue de se mettre en main la championne du monde E3 2025. © Sherco
Ça te manquait de ne plus rouler sur un deux-temps ?
« Oui, le deux-temps est définitivement une motorisation qui m’a manqué depuis mon passage au quatre-temps en 2019. Je suis vraiment excité de revenir sur un deux-temps. Même si en fait j’ai retapé et roulé avec des Honda CR 250 ces dernières années. Une CR 125 de 1988 également. Je suis vraiment content de rouler en deux-temps en 2026. »
Le quatre-temps, c’est donc fini ?
« En fait, la 300 quatre-temps de chez Sherco était une option pour 2026. Une super moto, mais j’avais envie d’un vrai changement. C’est une décision claire de ma part que j’ai prise assez tôt afin de ne pas trop faire attendre les autres pilotes du team. »
Tu as testé les deux motos ?
« Non, juste la 300 deux-temps après avoir pris ma décision. »
Cette moto est championne du monde avec McDonald en 2025 et occupe tout le podium final avec Magain et Roussaly. Une pression supplémentaire pour toi ? (sourires)
« Oui, ils ont fait une super saison avec cette moto. Mais en réalité, je ne me mets pas plus de pression avec ça. Mon objectif est de remporter le titre E3 car je m’en sens capable, mais c’est également d’aller chercher le titre EGP 2026. »
Que penses-tu de cette moto après tes premiers essais ? Quels sont ses points forts ou faibles ?
« J’ai été réellement surpris quand j’ai d’abord testé une moto de série. Je sais, tous les pilotes qui changent de marque disent ça (sourires). Mais franchement, j’ai été bluffé par le moteur, sa facilité mais également par son châssis. Quand je me remémore ma dernière 2T en compétition, j’ai trouvé la Sherco bien mieux suspendue. En ce moment, j’essaie d’engranger le maximum de roulage sur la moto pour m’adapter et quand je serai à l’aise, je ferai les meilleurs réglages possible pour l’adapter à mon style de pilotage. J’adore le couple de ce moteur. »
Plein gaz sur la 300 deux-temps à carburateur après deux saisons sur la Honda 300 quatre-temps injection du team Red Moto, Holcombe semble remotivé comme jamais. © Sherco
Quand on vient d’un cadre aluminium et qu’on revient sur un cadre acier comme celui de la Sherco, la différence doit être compliquée à gérer !
« C’est vrai qu’il n’y a pas les mêmes sensations entre les deux motos. Il y a aussi une grosse différence entre les suspensions Showa de la Honda et maintenant Kayaba. Les Kayaba sont plus adaptées à l’enduro que les Showa. Les Showa vont bien sur des cross test rapides mais sont bien plus limitées en réglages pour les autres situations en enduro comparées aux Kayaba. J’ai un bon feeling avec la Sherco. »
Quel va être ton planning cette année ?
« Dans un premier temps, rouler beaucoup pour me familiariser avec la Sherco. Pas mal d’entraînement en Espagne en début d’année et je vais chercher quelques courses à faire avant l’ouverture du championnat d’Italie en mars. Ensuite, je fais tout le championnat italien, le Mondial évidemment mais aussi quelques courses annexes comme le Trèfle Lozérien. »
As-tu sérieusement besoin d’un 5e titre mondial scratch ?
« Yes ! (sourires). Même plus de cinq, ça me va ! Sérieusement, ça va être compliqué de gagner un championnat du monde quand on voit comment le niveau est relevé en ce moment. Mais je m’en sens capable. Je sais ce qu’il faut faire pour y arriver et c’est vraiment mon objectif pour les deux prochaines saisons. »
Tu as 31 ans et dix saisons au plus haut niveau. Penses-tu pouvoir battre cet incroyable Josep Garcia ?
« Bien sûr. Josep est prenable. Il n’est pas imbattable même s’il roule à un niveau incroyable. Et avec une véritable fusée entre les jambes. Cette moto semble incroyable. J’ai pu me mesurer directement à lui en 2024 dans la catégorie E1 quand je roulais avec la 250 en 2024. Je suis content qu’il ait gagné ces deux titres scratch en 2024 et 2025. »
Et un jeunot comme Zach Pichon est-il capable de remporter le titre mondial scratch ?
« Oui, Zach est un pilote talentueux, capable de remporter le titre scratch. J’ai été impressionné de le voir passer le dernier step pour la bataille du top 5 mondial. Et je pense qu’il n’en a pas pour longtemps avant de remporter un titre mondial Senior. »
Et à propos de ton compatriote Brad Freeman qui a connu une année off comme toi. Sera-t-il encore dangereux ?
« Oui, tu ne peux pas oublier Brad dans la course au titre. Il a eu pas mal de crashs ces derniers temps et des blessures, et ça l’a stoppé dans sa course aux titres. Mais c’est sûr que ça va être intéressant de nous revoir lui et moi de nouveau parmi l’élite du championnat et voir ce que ça donne après une saison sans. »
Steve Holcombe avec Fabrizio Azzalin et ses mécaniciens dans les locaux du CH Racing à Varese en Italie, véritable pépinière de champions du monde.
Il ne faut pas oublier des gars comme McDonald ou Magain qui ont performé en 2025 ?
« Bien sûr. Mon absence et celle de Brad en 2025 ont permis à certains autres pilotes de faire des podiums et de s’approcher du top 3. De quoi leur donner pas mal confiance comme Antoine Magain qui m’a impressionné sur certains Grands Prix. »
Que penses-tu du niveau actuel ? Est-il plus haut que quand tu as débuté en EnduroGP ?
« Sur une période de dix ans, le sport a progressé. Si ça n’avait pas été le cas, ce serait un problème (sourires). La vitesse a augmenté mais ce qui a le plus progressé est la régularité des performances. On roulait vite en 2016 ou 2017 mais c’est de plus en plus régulier sur chaque Grand Prix. La technologie a progressé et nous a fait progresser également. »
Il faut donc être à 110 % tout le temps pour gagner désormais ?
« Oui, spécialement quand je compare à mes débuts en EGP où je remportais certaines journées avec 1min40 secondes d’avance sur le second. Alors qu’aujourd’hui, quand tu fais la différence avec 10 secondes, tu as eu une super bonne journée. Je ne sais pas si l’on va forcément beaucoup plus vite, mais tout le monde est régulier sur à peu près tous les terrains. Il faut également attaquer de la première à la dernière spéciale, sinon tu ne peux pas gagner. »
Qu’est-ce qui a le plus changé en dix ans ?
« Les motos évidemment. Mais aussi la préparation des pilotes, l’entraînement et la nutrition. Les courses aussi. On a eu le WESS qui a inclus quelques courses au format différent pendant deux saisons. Ce qui n’était pas une bonne direction pour notre sport. Et le nouveau promoteur fait du bon travail ces dernières saisons. On espère que ça va continuer avec de belles courses. L’enduro mondial est dans une bonne passe en ce moment. »
Et à propos des contrats ? On dit que c’est moins élevé qu’à une certaine période…
« Dans mon cas, c’est à peu près stable par rapport à il y a cinq ans. Mais le marché étant compliqué en ce moment, on sent que les marques font attention à ne pas trop dépenser. Personnellement, je suis ravi de pouvoir rouler à ce niveau en gagnant un bon salaire, mais le niveau des contrats a baissé ces trois ou quatre dernières années. »
La période 2-temps a manqué au champion anglais qui va retrouver le mélange cette année © DR
Les ISDE restent une course importante pour toi ?
« Définitivement oui. J’étais triste de ne pas rouler à Bergamo en 2025. Je n’ai pas participé aux ISDE durant une partie de ma carrière (époque Beta, NDR). Je me concentrais sur le titre mondial. Mais la victoire de l’équipe britannique en 2022 en France m’a fait entrevoir cette épreuve différemment. Rouler en équipe, pour son pays, ça m’a donné l’envie de le refaire. Et pour 2026 au Portugal, je serai de la partie avec l’équipe de Grande-Bretagne. Et la victoire est mon objectif. D’autant que l’année suivante, les ISDE se disputeront au Pays de Galles. Une vraie opportunité pour moi de briller devant mon public. »
Comment sont tes relations avec Fabrizio Azzalin, ton manager, pour moi le plus « vieux » et le plus marrant des managers de l’enduro circus ? (sourires)
« Le plus ancien mais surtout le plus expérimenté des managers. J’ai une bonne entente avec lui et sincèrement, c’est un honneur pour moi de rouler dans son équipe. Je me souviens des années 2016 et 2017 quand je me battais contre Phillips qui roulait pour Sherco, il y a toujours eu du respect entre nous. Et j’aime son enthousiasme. Il reste aussi l’un des managers les plus respectés dans le paddock. »
En causant de Matthew Phillips, il a été le dernier et seul vainqueur de l’EGP pour Sherco en 2016. Forcément on se dit que la marque aimerait refaire la même chose avec toi dix ans après…
« Oui, bien sûr. Mais je le répète, mon objectif est de reconquérir le titre EGP, c’est mon objectif et celui de Sherco. Je ferai tout pour y arriver. »

L’avis de Fabrizo Azzalin
« Ça fait plusieurs saisons que je parle avec Steve. Mais l’opportunité de l’avoir dans mon team ne s’était jamais présentée. Des années qu’on voulait travailler ensemble, lui et moi. Il y a quelques mois, on a commencé à parler et Sherco a compris que c’était l’occasion ou jamais cette année. Marc Teissier et Jordan Curvalle m’ont aidé à prendre la décision et à prendre ce risque. On sait qu’il est un grand champion et qu’on le prend pour faire des résultats. Je fais ce métier parce que j’ai envie de gagner. On a saisi l’occasion au vol. Le choix de la 300 deux-temps est parfait car McDonald voulait passer sur la 300 quatre-temps. Sa décision était prise avant le choix de Steve. L’arrivée de Steve peut également aider Hamish à franchir le dernier step, celui du top 3. Steve est très motivé. On sait ce qu’il vaut sur une 300 deux-temps à carburateur, ce qu’il a fait dans le passé. On attend maintenant qu’il travaille à fond avant le début de saison. Et l’on est aussi conscient que la moto est un sport à risques. On ne peut jamais dire comment ça va se passer. C’est comme ça. »